Efficacité d’un programme scolaire de vaccination HPV en Alberta

L’infection au virus du papillome humain (HPV) engendre des lésions dysplasiques du col utérin pouvant progresser vers un cancer cervical invasif. Le test de Papanicolaou (test Pap = frottis vaginal) permet la détection d’anomalies cervicales pré-invasives. Des programmes de vaccination HPV sont eux aussi mis en place afin de prévenir le dévelop

L’infection au virus du papillome humain (HPV) engendre des lésions dysplasiques du col utérin pouvant progresser vers un cancer cervical invasif. Le test de Papanicolaou (test Pap = frottis vaginal) permet la détection d’anomalies cervicales pré-invasives. Des programmes de vaccination HPV sont eux aussi mis en place afin de prévenir le développement de cancers cervicaux.

Contexte
Dans le contexte nord-américain, l’association entre résultats de test Pap et vaccination HPV n’est pas documentée. En Alberta, un programme de vaccination est en place depuis 2008, correspondant à 3 doses (dose initiale + rappels à 2 et 6 mois), ciblant entre autres deux souches oncogéniques de l’HPV responsables de 70% des cas de cancer cervical.

Étude et méthodes
Une étude à paraître dans le Canadian Medical Association Journal (DOI: 10.1503/cmaj.151528) s’intéresse à l’impact du programme de vaccination HPV en Alberta sur les résultats de test Pap. La population étudiée est composée de femmes nées entre 1994 et 1998, ayant passé au moins un test Pap entre 2012 et 2015, et résidentes permanentes d’Alberta. Les 10’204 patientes de l’étude sont réparties en 2 groupes “cas” (anomalies cervicales de bas ou haut grade, n=1481) et “contrôles” (résultat négatif, n=8723) selon les résultats des tests Pap. Chaque groupe est ensuite subdivisé selon le statut vaccinal, à savoir “non-vacciné” (0 dose), “vacciné” (au moins 1 dose), “partiellement vacciné” (<3 doses) et “totalement vacciné” (au moins 3 doses). Les covariables prises en considération pour l’analyse d’association par régression logistique sont les revenus dans le voisinage, le type de lieu de résidence (rural vs. urbain), le laboratoire d’analyse des frottis et l’âge.

Résultats
Les données collectées montrent que 56% des patientes ne sont pas vaccinées contre l’HPV, et que les femmes vaccinées ont un plus fort taux de dépistage (13 vs. 11.4%, p<0.001). Dans le groupe des anomalies cervicales, 93.5% sont des anomalies de bas grade.

Parmi les femmes totalement vaccinées, 11.8% présentent un résultat anormal contre 16.1% pour les femmes non-vaccinées (OR d’une cytologie anormale =0.72). La vaccination en général (au moins une dose) semble efficace (OR=0.78) mais il n’y a pas d’effet avéré à moins de 3 doses (OR=0.86 non significatif et OR=1.08 pour 1 et 2 doses, respectivement). Les effets de la vaccination en général et de la vaccination complète sont plus importants vis-à-vis des anomalies de haut grade (OR= 0.45 vs. 0.81 et 0.48 vs. 0.74, respectivement). Une nouvelle analyse a ainsi été conduite en prenant comme contrôles les résultats négatifs et les anomalies de bas grade, et comme cas d’intérêt les anomalies de haut grade uniquement. Les effets obtenus sont similaires (OR=0.46 et 0.50 pour la vaccination en général et la vaccination complète, respectivement), avec des résultats non significatifs pour les vaccinations d’une ou deux doses.

Conclusions
Le programme vaccinal contre l’HPV entamé en 2008 en Alberta a rapidement démontré des effets positifs, lorsqu’il est suivi intégralement, notamment pour les anomalies cervicale de haut grade. Dans cette étude, l’inefficacité de la vaccination à 2 doses, qui est autorisée par les autorités compétentes au Canada, peut s’expliquer par un délai moyen entre les 2 doses inférieur aux 6 mois recommandés. Les auteurs recommandent ainsi la prudence quant à la mise en place de modifications au sujet de la vaccination à 2 doses.

Des différences d’efficacité par rapport à d’autres études dans le monde peuvent s’expliquer par la population ciblée ici, très jeune, et plus probablement naïve vis-à-vis de l’HPV au moment des premières vaccinations, ainsi qu’à la plus forte proportion en Amérique du nord des souches 16 et 18 de l’HPV ciblées par le vaccin. Si vaccination et dépistage sont nécessaires à la prévention des infections HPV, un tel programme de vaccination peut apporter des modifications de lignes directrices du dépistage, comme un recul de l’âge du premier dépistage ou un intervalle de temps plus long entre les dépistages. Cette étude a également révélé un point inquiétant concernant une population à risque de femmes non-vaccinées qui seraient moins susceptibles de faire des dépistages (11.4% vs. 13%). L’identification de cette population à risque est primordiale et nécessite une étroite collaboration entre les programmes de vaccination et de dépistage.

Texte : jd / esanum
Photo : Sherry Yates Young / Shutterstock


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