Plus d’humanité en unité de soins intensifs en France ?

L’admission d’un proche en unité de soins intensifs (USI) peut être une épreuve traumatisante. L’environnement inconnu, les informations médicales parfois peu compréhensibles, la peur engendrée par un pronostic incertain, ou les limitations de présence aux côtés de la personne concernée sont autant de facteurs à l’origine d’anxiété ou de dépress

L’admission d’un proche en unité de soins intensifs (USI) peut être une épreuve traumatisante. L’environnement inconnu, les informations médicales parfois peu compréhensibles, la peur engendrée par un pronostic incertain, ou les limitations de présence aux côtés de la personne concernée sont autant de facteurs à l’origine d’anxiété ou de dépression, tôt après l’admission, ou d’un état de stress post-traumatique plusieurs mois après la décharge hospitalière du proche.

Contexte

Pour limiter les conséquences d’un tel stress, une approche de soins incluant la famille doit être développée, incluant une réévaluation des politiques de visite des proches et des conditions d’information. En France, depuis 2001, plusieurs rapports sont parus sur ces pratiques en USI, mettant en évidence une très lente évolution des conditions amenant au stress. En 2009, la société française d’anesthésie et de réanimation et la société de réanimation de langue française ont conjointement publié un consensus “mieux vivre la réanimation” (doi: 10.1016/j.annfar.2010.03.001), apportant des recommandations sur la présence et le rôle des proches, et la communication des informations entre professionnels de la santé et proches.

Etude et méthodes

Le groupe de recherche Outcomerea (promotion et développement de la recherche et de l’enseignement sur la réanimation) a récemment publié dans le journal Annals of Intensive Care un rapport d’évaluation de l’adoption des recommandations du consensus de 2009 par les USI en France (DOI: 10.1186/s13613-016-0185-x). L’étude (questionnaire développé par des médecins et personnels infirmiers) a été réalisée par la participation de 188 USI de France. Le questionnaire porte sur les caractéristiques de ces unités, les politiques de visite des proches, et la gestion de la transmission d’informations aux proches.

Résultats

Les caractéristiques des USI révèlent une proportion insuffisante de salles d’attentes (présence dans 62.8% des USI) mais la présence d’une salle dédiée à la communication dans une grande majorité (80.9%) des cas. L’entrée aux USI se fait principalement par sonnette (54.7%), interphone (54.2%) ou visiophone (19.1%). L’accueil des proches dans les USI n’est assurée par un bureau de réception que dans 2 des 188 USI, et leur accompagnement jusqu’à la chambre du patient est effectué par un personnel de santé dans 90.4% des cas.

Les visites sans restriction d’horaire ne sont possibles que dans 23.9% des établissements, les autres USI proposant une durée journalière moyenne de 4.75 heures, avec en moyenne 1.5 créneaux horaires. La quasi-totalité des USI (94.1%) limitent le nombre de visiteurs simultanés à 2 proches. Une faible proportion de centres (7.9%) limitent les visites à la famille exclusivement. Dans les centres appliquant une limite des visites, les situations de fin de vie (74.8%), de dégradation du statut clinique (66.4%), ou une requête de la famille (43.3%) peuvent permettre un accès de visite libre. L’accès aux enfants est très largement permis (87.2%), dont seulement 59.1% sans restriction d’âge. L’autorisation des animaux de compagnie est assez rare (2.1%), et la personnalisation de la chambre est généralement acceptée (69.1%).

Plus d’un quart des USI (27.6%) imposent des procédures d’habillage systématiques, et 12.3% n’en imposent jamais. Pour les autres centres, ces procédures sont requises dans des cas bien spécifiques (MRSA 68.1%, Clostridium difficile 94.6% et autres bactéries très résistantes 81.4%).
Des informations générales sont très souvent communiquées par le personnel infirmier ou médical (86.1%), et par distribution de brochures (89.3%). Des procédures écrites d’information des familles n’existent que dans 23.4% des USI, et dans 5.8% d’entre eux, la brochure constitue la seule communication aux familles, sans participation de personnel de soin. Les conférences aux familles à l’admission sont rapportées dans 79.2%, mais seulement dans 31.9% au moment de la décharge du patient. Un résumé des informations délivrées à la famille n’est présent dans la fiche patient que dans 59% des USI. Enfin, certaines informations peuvent être délivrées au cours d’appels téléphoniques (symptômes 98.9%, évolution 71.8%, traitement 35.1%, diagnostic 6.4%). La présence des proches durant les traitements reste très rare, et concerne principalement l’aspiration trachéale (19.1%), les soins infirmiers (en respectant l’intimité du patient, 27.1%), et les visites de personnel médical (9.6%). Les proches peuvent parfois participer à l’évaluation de l’inconfort et aux soins de confort (53.7%, mais impossibilité dans 16%).

Conclusions

Les recommandations du consensus de 2009 ne sont pas appliquées dans la majorité des USI en France, mais cette étude montre des progrès depuis les précédents rapports de 2001 et 2009. Les sujets de satisfaction sont les progrès en terme de visites illimitées, de visite des enfants sans restriction d’âge et d’informations structurées en réunion à l’admission, avec présence fréquente de personnel infirmier. La transcription dans la fiche patient des informations délivrées à la famille est encore à améliorer, de même que la participation des proches aux soins, qui est trop rare. Ceci va à l’encontre des études de satisfaction de la famille, associant présence/participation aux soins (y compris déclaration de mort cérébrale et réanimation cardiaque) et amélioration des troubles post-traumatiques.

L’évolution des politiques de visites est bénéfique vis-à-vis du sentiment de mécontentement, du développement d’une anxiété ou d’une dépression des proches. Les auteurs affirment leur surprise et déception quant à la flexibilité des visites accordées en situation de fin de vie (¼ des centres ne modifient pas leur politique). Selon eux, ceci refléterait la peur de certains soignants à devoir procurer un support psychologique aux proches dans une telle situation.

Les séances d’information tôt après l’admission sont bénéfiques à l’établissement d’une relation de confiance entre personnel soignant et proches du patient. A l’inverse, la faible proportion de telles séances à la décharge peut induire un sentiment d’abandon. Il est important d’améliorer cet aspect, d’autant plus que cette réunion pourrait permettre une pré-évaluation d’un potentiel syndrôme post-traumatique.

Texte : esanum / jd
Photo : beerkoff / Shutterstock

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