La téléconsultation en médecine générale est en plein essor (cf Covid-19 : la téléconsultation gagne ses lettres de noblesse). Alternative à une consultation classique, elle n’est pourtant pas accessible à tous les médecins, ni à tous les patients. Outre certaines réticences, des obstacles techniques subsistent. Les médecins remplaçants sont les premiers concernés.
L’assouplissement des règles qui encadrent la téléconsultation en a fait une réelle alternative à la consultation classique. Le paiement sécurisé est généralement possible et le Tiers payant est pris en compte sous certaines conditions. Les médecins ont par ailleurs été conviés à contacter directement les patients qu’ils estimaient «à risque» pendant la pandémie pour leur proposer ce type de consultation.
Les plateformes leaders dans le domaine se sont engouffrées dans la brèche, proposant gratuitement leurs services aux médecins. Olivier Véran a pour sa part encouragé le recours aux applications telles que FaceTime, WhatsApp ou Skype, en dépit des recommandations de la Cnil. Pour mémoire, Ameli avait considéré en 2018 que ces applications ne permettaient pas d’envoyer un document médical de manière sécurisée... Comment faire parvenir au patient son ordonnance à l'issue d'une telle consultation ?Si la pandémie booste la téléconsultation, elle met aussi en lumière ses limites. Première responsable, la «fracture numérique» qui à cette occasion devient cruellement palpable. Trop de personnes, qu’elles soient âgées, porteuses de certains handicaps, non francophones ou simplement dénuées d’une connexion internet suffisante se retrouvent privées d’accès au mode de consultation médicale plébiscité par les autorités.
Laure Dominjon, Présidente de ReAGJIR (syndicat représentatif des généralistes remplaçants, jeunes installés et chefs de clinique), fait le point sur la situation particulière des médecins remplaçants au regard de ces téléconsultations. Elle constate d’abord l’actuelle baisse de leur activité. «Cela est lié à la baisse générale de l’activité des médecins libéraux. Par ailleurs, les généralistes qui ont eux-mêmes été contaminés ont préféré transférer leur activité sur des confrères installés.»
Concernant la téléconsultation, la Dre Dominjon y voit un intérêt certain. «C’est d’abord un outil d’évaluation très utile en ces temps de confinement, qui permet au médecin d’évaluer la nécessité d’une consultation physique. Elle peut aussi rassurer les patients, en maintenant un lien primordial dans ce contexte anxiogène.» Mais elle regrette que les médecins salariés ou remplaçants - entre 5 et 6.000, souvent jeunes et ouverts aux nouvelles technologies - soient particulièrement pénalisés. Tout simplement parce qu’ils ne disposent pas de l’accès à AmeliPro.
Dans le cadre d'un risque de contamination, quel intérêt pour une téléconsultation si le patient doit ensuite se rendre au cabinet pour récupérer un arrêt de travail, une déclaration d’ALD ou de grossesses ? Idem pour les ordonnances, puisque Ameli ne prévoit pas encore d’espace patient où celui-ci puisse télécharger des documents. «Les alternatives, envoi par mail ou par courrier, ne sont pas non plus sécurisées», souligne le Dre Dominjon.
«Pour les médecins remplaçants, le problème c’est le paramétrage des comptes sur AmeliPro. Il faudrait que celui du remplaçant puisse interagir avec celui du médecin installé, afin que le premier puisse faire des téléconsultations, même si le deuxième n’en fait pas.» précise-t-elle.
Ce cas spécifique est emblématique des difficultés qui plombent encore le développement de la téléconsultation. De plus en plus de patients et de médecins y sont maintenant prêts, parce qu’ils n’ont pas eu le choix. Ces derniers devaient déjà choisir entre une trentaine de logiciels métiers complexes et chronophages. Ils doivent désormais comparer la quarantaine de plateformes de téléconsultations disponibles… et s’assurer de leur compatibilité avec les logiciels.
«Les logiciels métier n’ont pas été pensés pour la téléconsultation» regrette la Dre Dominjon. «Quand vos arrivez en fin de consultation, et que le logiciel (ou la plate-forme ???) vous demande le moyen de paiement alors que le patient a la CMU…» Ce casse-tête quotidien pour le médecin généraliste l'est évidemment encore plus pour les remplaçants qui doivent jongler avec les interfaces. .
En février, l’Agence du numérique en santé réunissait les syndicats, dont ReAGJIR, en vue notamment d’harmoniser les interfaces des différents logiciels. Dans ce vaste programme il s’agira d’intégrer aussi les plateformes de téléconsultation. Comme les éditeurs de logiciels, AmeliPro pourrait au passage «revoir sa copie» et faciliter l’accès à la téléconsultation pour les médecins remplaçants et salariés. Les médecins - remplaçants en tête - rêvent de ce jour où ce ne sera plus à eux de devoir s’adapter aux solutions numériques.