Santé publique aux USA (partie 2) : l'héritage de la pandémie de COVID-19 : le spectre de Trump plane sur la santé mondiale
COVID-19 et maintenant résurgence de la rougeole, les politiques de santé de Trump provoquent des ondes de choc à travers le monde, mettant l'Europe en état d'alerte maximale.
Dans cette série consacrée à la « santé publique aux États-Unis », l'auteur explore les derniers changements en matière de politique américaine et de santé publique. Leurs impacts se font déjà sentir aujourd’hui et ils redéfinissent l’avenir de la science et de la médecine, que ce soit aux États-Unis, ou ailleurs dans le monde. Venez lire la première partie :
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Santé publique aux USA (partie 1) : les dangers du nouveau rapport « Make America Healthy Again »
Donald Trump et la pandémie de COVID-19
En 2020, à la fin de son premier mandat présidentiel, Donald Trump a dû faire face à la pandémie de COVID-19. Son administration a abordé cette crise avec des décisions et une rhétorique qui ont eu un impact profond, à la fois sur la perception du risque sanitaire par le public et sur la crédibilité des médecins et scientifiques. Dès les premiers stades de la pandémie, Trump a affirmé à plusieurs reprises que le virus « disparaîtrait de lui-même », minimisant sa gravité alors même lorsque les données épidémiologiques indiquaient une situation dramatique.
En janvier 2020, alors que le système de santé chinois était déjà sous pression, Trump a déclaré sur CNBC et depuis le Forum économique mondial de Davos : « Il s'agit d'une seule personne venant de Chine. Nous avons la situation sous contrôle. Tout va bien se passer ». Le président Trump a ainsi minimisé le problème, mais aussi alimenté un discours géopolitique plutôt que sanitaire, en appelant par exemple le SARS-CoV-2 le « virus chinois ».
De nombreuses tensions ont opposé la Maison Blanche et les agences sanitaires telles que le CDC et la FDA, qu'il a accusées d'entraver la reprise économique. Il les a également parfois obligées à modifier ou à retarder leurs communications pour des raisons politiques.
« J'en prends moi, de l’hydroxychloroquine. En ce moment, oui. J'ai commencé à en prendre il y a quelques semaines. Parce que je pense que c'est bien. J'ai entendu beaucoup de bonnes choses à son sujet », a déclaré le président Trump en mai 2020, faisant la promotion de l'hydroxychloroquine comme traitement, malgré l’absence de validation scientifique. Ses déclarations sur l’usage possible des désinfectants comme traitements, sans aucune base scientifique, ont également marqué cette période.
Les positions du président Trump ont contribué à consolider une profonde méfiance envers la science et les institutions de santé parmi une importante partie de la population américaine.
Montée des mouvements anti-vaccins et anti-masques en Europe
La rhétorique de Trump pendant la pandémie de COVID-19 a donné de la force et de la légitimité à des mouvements qui existaient déjà en Europe, mais qui étaient plus marginaux. Voici quelques-unes des situations les plus critiques :
- En Allemagne, le mouvement Querdenken 711 a organisé des manifestations massives contre les restrictions, reprenant souvent des slogans et des théories du complot provenant des cercles pro-Trump aux États-Unis.
- En France, des groupes tels que Réinfo Covid ont diffusé le récit d'une « dictature sanitaire », traduisant et relayant fréquemment des contenus américains.
- En Italie, des personnalités publiques et des influenceurs ont diffusé des théories anti-vaccination ou minimisé la gravité de la pandémie en citant fréquemment les positions de Trump, ou en les présentant comme des « vérités qui dérangent ».
Plusieurs études européennes publiées en 2024 et 2025 établissent une corrélation entre affiliation politique et propension à refuser la vaccination.
Trump de retour à la Maison Blanche : que se passe-t-il aujourd'hui aux États-Unis ?
Le second mandat de Trump a ravivé les inquiétudes quant à l’évolution de la politique de santé américaine. Bien que le contexte sanitaire actuel soit radicalement différent de celui de 2020, certaines continuités avec la politique adoptée durant la pandémie se dessinent.
Récemment, la nouvelle administration Trump a relancé avec force la théorie de la « fuite de laboratoire », arguant de la nécessité d'enquêtes plus approfondies sur l'origine du SARS-CoV-2. Cette position, bien que légitime sur le plan scientifique si l'enquête est menée de manière rigoureuse, a une fois de plus pris une tournure nettement politique, avec le risque d'attiser les tensions internationales et les sentiments anti-chinois. Un article récent du Guardian souligne que le débat sur la fuite du laboratoire est devenu davantage une question identitaire et politique qu'un débat strictement scientifique.
La nouvelle administration Trump a également renouvelé ses critiques à l’encontre de l’OMS. En 2020, Trump avait officiellement notifié son intention de retirer les États-Unis de l'OMS (retrait finalement non appliqué). Aujourd'hui, Trump accuse l'organisation d'inefficacité et de complicité avec la Chine dans la gestion initiale de la pandémie. Il déplore le fait que les États-Unis soient l'un des principaux bailleurs de fonds de l'OMS, arguant que les fonds américains « ne servent pas à protéger les intérêts américains ». Il considère l'OMS comme un repaire de bureaucrates qui veulent priver les États individuels de leur souveraineté dans le domaine de la politique de santé. Bien que non confirmées, des rumeurs circulent sur des réductions à venir du financement américain à des organismes internationaux tels que l'OMS et le Fonds mondial.
L'OMS n'est pas la seule agence de santé dans le collimateur de Trump. Le président a réitéré son souhait de réduire la taille de ce qu'il appelle le « deep state de la santé publique ». Il a accusé des agences telles que la FDA et le CDC d'avoir imposé des règles et des restrictions excessives pendant la pandémie. Ces accusations alimentent les propositions de nouvelles réformes visant à réduire leur pouvoir. Cela pourrait avoir des répercussions sur les processus d'autorisation des médicaments et des vaccins, avec des conséquences potentielles non seulement aux États-Unis, mais aussi pour les entreprises pharmaceutiques mondiales.
L'approche de l'administration Trump en matière de vaccins est très ambiguë et ambivalente. En 2020, Trump a lancé « Operation Warp Speed », un partenariat public-privé visant à accélérer le développement, la production et la distribution des vaccins contre la COVID-19. Récemment, le Washington Post a publié un article intitulé « D’abord célébrée, ensuite dénigrée : la promesse de l’ARNm ternie sous Trump », soulignant le recul de l'administration actuelle en matière de financement de la recherche sur cette technologie. Cela s’est notamment traduit par la suppression des financements pour de nouveaux vaccins à ARNm, comme celui contre la grippe aviaire H5N1.
Une autre situation paradoxale : d'un côté, la nouvelle directrice du CDC nommée par Trump a déclaré que les vaccins « sauvent des vies » et a nié tout lien entre vaccins et autisme, tandis que le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr. a réformé le comité consultatif sur les pratiques de vaccination (ACIP) du CDC et obtenu un premier vote pour rompre avec certaines pratiques établies. Parmi elles, la recommandation contre l'utilisation de vaccins antigrippaux contenant du thimérosal, un conservateur à base de mercure utilisé depuis des décennies dans les flacons multidoses.
Même si cette décision ne concerne qu'une petite partie des vaccins distribués dans le pays (moins de 5 %, selon la FDA, car le thimérosal a déjà été largement éliminé des vaccins pédiatriques depuis 2001), elle représente un signal politique en faveur de théories qui ne sont pas étayées par des preuves scientifiques établies.
Les implications concrètes pour l'Europe
Les institutions européennes ont tiré une leçon de l’expérience américaine : la communication sanitaire doit éviter les contradictions et les tonalités trop rassurantes, ou trop alarmistes. Le rapport de l'ECDC de mai 2023, intitulé « Leçons tirées de la pandémie de COVID-19 », identifie la communication sur les risques comme un axe majeur d’amélioration. Cependant, une plus grande prudence a rendu les communications institutionnelles européennes plus lentes et plus bureaucratiques, ce qui les a exposées à des critiques concernant un certain manque de transparence.
La propagation mondiale de fausses informations sur la santé, amplifiée par des personnalités politiques de premier plan telles que Trump, a conduit l'UE à renforcer son arsenal réglementaire. Le Digital Services Act (DSA), entré en vigueur en 2024, vise précisément à freiner la propagation de contenus sanitaires faux ou dangereux sur les plateformes numériques. Le phénomène n'est pas marginal : des études récentes (Nature, 2024) montrent qu'une partie importante des contenus anti-vaccination diffusés en Europe provient des États-Unis ou reprend des rhétoriques développées outre-Atlantique.
Une autre réponse européenne a consisté à renforcer son autonomie sanitaire grâce à l’agence HERA, pour garantir des approvisionnements sécurisés et une réponse rapide aux futures crises.
Le manque de confiance dans la science peut avoir un effet dévastateur
La gestion de la politique sanitaire par Trump pendant la pandémie a eu un impact profond sur les rapports entre la politique, la science et l'opinion publique, créant une fracture qui n'a jamais été complètement réparée.
Les conséquences de cette méfiance sont concrètement palpables avec le retour de la rougeole, tant aux États-Unis qu'en Europe. Aux États-Unis, les CDC ont recensé plus de 1 500 cas confirmés en 2025, un chiffre inédit depuis des décennies, concentré dans des communautés où le discours conspirationniste a érodé la confiance dans les vaccins pédiatriques de routine. Le phénomène inquiète également en Europe : selon l’ECDC, la couverture vaccinale contre la rougeole-oreillons-rubéole est tombée en dessous de 90 % en 2024 dans plusieurs régions, notamment en Allemagne, en France et en Italie, alors que le seuil recommandé pour garantir l’immunité collective est de 95 %.
Des organisations telles que l'OMS et l'ECDC, ont, sans mentionner directement Trump, mis en garde à plusieurs reprises contre la politisation de la santé publique et l'effet destructeur de la désinformation sur la confiance dans les vaccins.
Consciente de ce précédent, l'Europe tente de se protéger en renforçant son autonomie sanitaire, en investissant dans la lutte contre la désinformation et en mettant l'accent sur une communication institutionnelle plus claire et plus transparente. Mais le défi reste entier : la santé publique ne connaît pas de frontières, et les choix politiques d'un seul pays peuvent avoir des conséquences bien au-delà de son propre territoire. L'épidémie de rougeole est un avertissement concret et montre que la méfiance à l'égard de la science peut rapidement se traduire par de nouvelles urgences sanitaires.
Sources et informations supplémentaires
- Centers for Disease Control and Prevention (CDC). (2020). Measles - United States, January-December 2019. Morbidity and Mortality Weekly Report, 69(5), 153–157.
- Centers for Disease Control and Prevention (CDC). (2020). COVID-19 pandemic planning scenarios.
- European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC). (2023). Lessons from the COVID-19 pandemic.
- European Commission. (2022). Digital Services Act: Commission welcomes political agreement on rules ensuring a safe and accountable online environment.
- Nature Medicine. (2022). Vaccine misinformation and its global impact. Nature Medicine, 28(8), 1537.
- Science. (2021). Pandemic misinformation and its consequences. Science, 374(6571), 298–299.
- The Guardian. (2020, April 24). Trump suggests injecting disinfectant as treatment for coronavirus. The Guardian.
- Washington Post. (2020, May 19). Trump says he’s taking hydroxychloroquine to protect against coronavirus. The Washington Post.