Quand la douleur a son compte

Pour mettre la douleur au tapis, la soustraction est plus efficace que la distraction. C'est un travail d'équipe qui attend les zones du cerveau lorsqu'on emploie une stratégie cognitive - soustraction, distraction, autosuggestion - pour diminuer la sensation douloureuse.

L'art de se soustraire à la douleur

La douleur est - aussi - un processus cérébral. Pour y répondre de manière appropriée, le cerveau  doit tenir compte des aspects sensoriels, cognitifs et émotionnels de la perception et du traitement de la douleur.

Des études ont déjà montré qu'il existe une corrélation entre la perception subjective de la douleur et l'activité des différentes zones du cerveau. Jusqu'à présent, les cas étudiés étaient surtout ceux où la perception de la douleur a été intensifiée par des facteurs émotionnels ou une attention accrue. La focalisation sur la douleur augmente généralement la perception de la douleur et l'activité corticale induite. Le neuroscientifique allemand Enrico Schulz et une équipe de chercheurs de l'université d'Oxford se sont intéressés aux stratégies cognitives qui soulagent la douleur 1.

Des études antérieures portaient sur l’effet des tentatives de modulation de la douleur sur l’activité de zones spécifiques du cerveau. Les chercheurs se sont concentrés ici sur l’augmentation de la connectivité entre les différentes zones.

Pour cette étude, ils ont soumis 20 participants à un stimulus douloureux (froid intense) et leur ont demandé d’utiliser l'une des trois stratégies pour soulager la douleur :

Les participants évaluaient régulièrement l'intensité de leur douleur sur une échelle de 0 à 100.  Pendant l'expérience, les chercheurs analysaient l’activité cérébrale avec une IRM fonctionnelle.Z Toutes ces stratégies ont permis de soulager la douleur de manière significative, et se sont traduites par une augmentation globale de la connectivité dans tout le cortex cérébral.

Le comptage à rebours s’est avéré la méthode la plus efficace. «Apparemment cette tâche exige un tel niveau de concentration que la douleur passe au second plan. Certaines personnes testées ont même réussi à réduire de moitié l'intensité de la douleur.» explique M. Schulz. Une participante a rapporté qu'elle avait plus tard appliqué avec succès cette stratégie lors de la phase intensive de l'accouchement.


Soustraire pour distraire

Le soulagement de la douleur est un processus si complexe que de nombreuses régions réparties sur l'ensemble du cerveau doivent coopérer. Par exemple, les chercheurs ont montré que l'un des facteurs décisifs pour soulager la douleur en comptant à rebours est l'étroite coopération des cortex insulaires gauche et droit. Il s'agit ici d'une tâche de «distraction non imaginaire». 

La stratégie consistant à imaginer quelque chose de beau est une tâche de «distraction imaginaire». Elle nécessite des échanges intensifs avec le lobe frontal. Comme le lobe frontal est une instance de contrôle importante, les chercheurs pensent que l'idée mentale de quelque chose de «beau» peut nécessiter plus de contrôle parce que le cerveau doit chercher dans davantage de «tiroirs» - comme les souvenirs - jusqu'à ce qu'il trouve le bon. Alors que compter est une exigence relativement claire.

La réévaluation de la douleur par autosuggestion est un processus différent de la distraction. Il semble plus complexe puisqu'il implique des connexions entre un grand nombre de régions cérébrales. La zone la plus connectée est connue pour contribuer à la localisation spatiale des objets ou du corps. L'activation de cette zone et sa connexion à d'autres zones du cerveau pourraient aider les participants à se concentrer sur l'endroit du corps qui est stimulé. Mais ceci n'implique pas nécessairement une atténuation de la douleur. En fait, les chercheurs ne savent pas encore très bien comment cette stratégie module l’expérience douloureuse. Les études sur le sujet se multiplient, notamment sur l’efficacité de la pleine conscience 2.


Un travail d’équipe

Dans un article publié dans la revue Cortex en 2019, les chercheurs expliquaient déjà que fondamentalement ces trois stratégies peuvent réduire la douleur, mais que l'activité cérébrale diffère selon la stratégie.  L'analyse était ici plus fine car les chercheurs ont divisé le cerveau en 360 zones. «Nous voulions étudier précisément quelles zones du cerveau doivent coopérer pour parvenir à réduire la douleur (…) Il n'existe pas de centre ou de réseau unique pour cela, ce qui signifie que pour chaque stratégie, différentes régions travaillent ensemble avec un schéma différent.» résume M. Schulz. Anne Stankewitz, co-auteur de l’étude, fait le parallèle avec le travail quotidien des humains : c’est avant tout un bon travail d'équipe qui mène au succès.

Prochaine étape pour les chercheurs : savoir si leurs résultats sont reproductibles chez les patients souffrant de douleurs chroniques.

Mise à jour 24/09/2020

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Références :
1-Ultra-high field imaging reveals increased whole brain connectivity underpins cognitive strategies that attenuate pain
Enrico Schulz, Anne Stankewitz, Anderson M Winkler, Stephanie Irving, Viktor Witkovsky, Irene Tracey
eLife2020 - DOI: 10.7554/eLife.55028
2- Lire à ce sujet :
Opioid-Independent and Opioid-Mediated Modes of Pain Modulation
Chantal Berna, Siri Leknes, Asma H. Ahmad, Roisin N. Mhuircheartaigh, Guy M. Goodwin and Irene Tracey
Journal of Neuroscience 17 October 2018
https://doi.org/10.1523/JNEUROSCI.0854-18.2018
Mindfulness-Meditation-Based Pain Relief Is Not Mediated by Endogenous Opioids
Fadel Zeidan, Adrienne L. Adler-Neal, Rebecca E. Wells, Emily Stagnaro, Lisa M. May, James C. Eisenach, John G. McHaffie and Robert C. Coghill
Journal of Neuroscience 16 March 2016
https://doi.org/10.1523/JNEUROSCI.4328-15.2016

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