L’équilibre énergétique altéré par la privation partielle de sommeil?

Les recommandations de durée du sommeil pour un adulte de 18 à 64 ans sont de 7 à 9h par nuit (fondation nationale du sommeil). En outre, un sommeil de moins de 6h pourrait compromettre la santé et le bien-être. La pression sociale du mode de vie moderne contribue pourtant à une réduction du temps de sommeil. Les études à ce sujet souffrent d’un

Les recommandations de durée du sommeil pour un adulte de 18 à 64 ans sont de 7 à 9h par nuit (fondation nationale du sommeil). En outre, un sommeil de moins de 6h pourrait compromettre la santé et le bien-être. La pression sociale du mode de vie moderne contribue pourtant à une réduction du temps de sommeil. Les études à ce sujet souffrent d’un manque de standardisation, avec des durées courtes de sommeil allant de moins de 4h à moins de 8h. De nombreuses données observationnelles suggèrent tout de même une association entre privation partielle de sommeil (PPS) et gain de poids, bien que les preuves soient conflictuelles.

La compréhension des mécanismes associant potentiellement la PPS et le gain de poids pourrait fournir de nouvelles cibles d’intervention dans la gestion du poids.

Etude et méthodes

Les résultats d’une revue systématique de la littérature et méta-analyse des effets de la privation partielle de sommeil sur le bilan énergétique, incluant consommation et dépenses énergétiques, ainsi que la distribution en macronutriments (protéines, carbohydrates et graisses) et le taux métabolique basal ont été récemment publiés dans le European Journal of Clinical Nutrition (DOI: 10.1038/ejcn.2016.201). La recherche de littérature a été conduite jusqu’au 17 novembre 2014. Les études considérées sont des études interventionnelles concernant des participants adultes en bonne santé, sans maladie chronique ni trouble du sommeil. Au moins une nuit de sommeil normal devait être incluse dans les études comme contrôle. L’effet de la PSS sur le bilan énergétique devait être évalué par une diminution du temps de sommeil sans privation complète.

Résultats

Sur les 16 études (496 participants) inclues, 11 (172 participants) ont fourni des données nécessaires à la méta-analyse. L’hétérogénéité des données entre les différentes études est faible pour chacune des comparaisons décrites ci-dessous.
La consommation énergétique sur une période de 24h (n=185 et 161 participants pour les conditions PPS et contrôle respectivement) augmente en moyenne de 385 kcal (IC95%=[252;517], p<0.00001) sous l’effet d’une PPS. L’analyse de sensibilité révèle une augmentation significative à la fois pour les études randomisées (+364 kcal, p<0.0001) ou non-randomisées (+ 411 kcal, p=0.001).

La dépense énergétique sous 24h (n=73 participants PPS et contrôle) n’est pas significativement modifiée par la PPS (+88 kcal, IC95%=[-21;198], p=0.11). L’exclusion de la seule étude non-randomisée dans cette analyse ne modifie pas significativement le résultat (=81 kcal, [-30;193], p=0.15).

L’apport en macronutriments est en partie modifié par la PPS (151 et 126 participants PPS et contrôle, respectivement). L’apport moyen en graisses après PPS est significativement augmenté (+1.59% de l’apport énergétique total, IC95%=[0.3;2.9], p=0.02), mais la significativité est perdue par l’analyse séparée des études randomisées (+2.01%, p=0.07) et non-randomisées (+1.34%, p=0.12). L’apport énergétique en protéines est diminué après PPS (-0.80%, [-1.5;-0.1], p=0.02), avec une significativité imputable aux études non-randomisées uniquement (-1.02%, p=0.06 vs. -0.23%, p=0.67 pour les études randomisées). L’apport en carbohydrates n’est pas significativement altéré par la PPS, quel que soit le design des études (moyenne= -0.19%, p=0.80).

Le taux métabolique basal, évalué sur 61 participants PPS et contrôle, n’est pas significativement différent après PPS, indépendamment de la randomisation (moyenne= -8.17 kcal/jour, p=0.77).

Conclusions

Cette méta-analyse d’études interventionnelles révèle un effet de la privation partielle de sommeil sur l’équilibre énergétique avec une augmentation journalière nette moyenne de 385 kcal. Cet effet est la résultante d’une augmentation de la consommation énergétique sur 24h concomitante à une dépense énergétique non modifiée. Le déséquilibre énergétique induit par une PPS est susceptible d’engendrer un gain de poids à plus ou moins long terme. Cette hypothèse est également appuyée par les légères modifications de distribution des macronutriments, en faveur de la consommation de graisses au détriment des protéines.

Les auteurs suggèrent une influence hédonique, la PPS engendrerait une augmentation de la motivation à chercher une récompense dans la nourriture, d’autant plus que la sensibilité à la récompense semble associée à une préférence pour de la nourriture riche en graisses et sucres. Des études complémentaires plus longues semblent nécessaires pour analyser plus précisément l’effet d’une PPM chronique sur la distribution des macronutriments et sur le taux métabolique basal (adaptation métabolique à moyen terme). Plus d’études en conditions hors-laboratoire seraient bénéfiques à l’analyse de comportements plus naturels d’alimentation et d’activité physique.

Texte : esanum / pg
Photo : Kashin / Shutterstock