La prise en charge de corps étrangers intra-rectaux.

Ces ASP montrent deux patients avec des corps étrangers intra-rectaux. Pour le patient A une seule ASP de face été réalisée, la bouteille insérée avait une localisation rectale basse. Pour le patient B un ASP de face + profil a été réalisé afin d’évaluer la localisation - haute ou basse - du godemichet dans le rectum.

Ces ASP montrent deux patients avec des corps étrangers intra-rectaux. Pour le patient A une seule ASP de face été réalisée, la bouteille insérée avait une localisation rectale basse. Pour le patient B un ASP de face + profil a été réalisé afin d’évaluer la localisation - haute ou basse - du godemichet dans le rectum. 

La technique d’extraction des corps étrangers intra-rectaux a été similaire pour les deux patients. L'extraction par voie transrectale, à la pince, a été réalisée au bloc opératoire sous sédation après une antibiothérapie flash par C3G et métronidazole. 
Les suites ont été simples. Les patients sont restés hospitalisés deux jours pour surveillance. La prise en charge dépend de la taille, la forme et la localisation de l'objet. Sa composition ainsi que la présence de possibles complications sont aussi prises en compte. 

La laxité sphinctérienne de certains patients facilite la délivrance spontanée de de l’objet ainsi que les manœuvres manuelles. Certains peuvent être évacués par lavements ou laxatifs. L’extraction au lit du patient est possible si la palpation de l’objet au doigt soit est possible (situé à moins de 10 cm de la marge anale ) et après vérification de l’absence de contre-indication (dont perforation, péritonite, présence de bris, objet fragile comme une ampoule, délai après insertion > 24h).

Les extractions chirurgicales au bloc opératoire sous sédation ou anesthésies générales peuvent nécessiter de nombreux instruments selon le type et la forme de l’objet (pinces, ventouses, forceps obstétricaux etc). En cas de complication par perforation ou échec thérapeutique, le traitement peut aller jusqu’à une laparoscopie avec stomie de décharge.

La présence de corps étrangers intrarectaux est très fréquente et en augmentation dans les pays industrialisés. Au cours du XXe siècle la pratique de la sexualité anale s'est banalisée. Elle est pourtant connue depuis l’antiquité, de nombreuses sociétés l’incluant dans la sexualité habituelle (en Chine, Grèce, Inde, Perse).
La sexualité anale regroupe l'anulingus, la sodomie, les lavements érotiques, la fist fornication et l’utilisation de corps étrangers. Dans les pays en voie de développement les praticiens y sont moins confrontés. Il n’apparait pas y avoir de spécificité ethnique, ni de tranche d’âge spécifique. On retrouve des cas d'insertion d'objets jusqu'à 94 ans, avec une moyenne à 44,1 ans. Il existe toutefois un pic entre 20 et 30 ans pour l'érotisme anal, pratique qui a une nette prédominace masculine avec 37 hommes pour 1 femme (entre 1950 et 2009).

Quelles étiologies ?

La cause la plus fréquente d’insertion de corps étrangers intra-rectaux est donc liée à des pratiques sexuelles (48,7% des cas), la plupart du temps solitaires (61% des cas). 25% des cas résultent d'une tentative auto-thérapeutiqueà l'occasion d’une constipation, d’hémorroïdes ou de prurit anal. 9,2% des cas sont d’origine accidentelle et 11,8% des cas résultent d’une agression. 5,3% des cas sont d’origine psychiatrique avérée. Autres causes évoquées, un "pari" entre amis ou le cas des body-packers ("mules") qui transportent de la drogue. Ces données proviennent de la méta analyse de Kurer et al. (2010), réalisée à partir de toutes les études et séries de cas depuis 1950.

Les objets les plus couramment rencontrés sont des vibromasseurs, des bouteilles de toutes tailles, des objets en bois, des articles d'hygiène (brosse à dent, déodorant, etc), des fruits ou légumes, mais aussi des tournevis, couteaux de cuisine, battes de baseball, siphons d’évier, etc. Cette liste est loin d’être exhaustive : la seule limite de l’imagination semble être la capacité de dilatation du rectum.

Généralement le patient se présente aux urgences plusieurs jours après l’insertion du corps étranger (entre 2h et 15 jours, délai moyen de 1,9 jours). Le diagnostic le plus tardif a été posé après 10 ans, chez une femme de 45 ans présentant un syndrome occlusif. Elle recevait fréquemment des lavements par voie rectale et oubliait les embouts des tubes.

Ce retard d’accès aux soins est lié à l’espoir que l’objet sorte de lui-même ou grâce à des tentatives d’extraction manuelle ou avec un instrument. Généralement les lésions les plus graves sont secondaires à une tentative d’extraction par une tierce personne qui utilise des ustensiles de cuisine ou des instruments artisanaux. Au fil du temps l’objet est d’autant plus difficile à retirer car un oedème se constitue. De plus il n’existe pas de lubrification naturelle au niveau rectal. La muqueuse, particulièrement fine,  est fréquemment lacérée soit lors de l'introduction de l'objet soit lors des tentatives de retrait.

Les symptômes les plus fréquents sont des rectorragies, des douleurs abdominales et proctologiques aigues ou persistantes, un syndrome occlusif ou sub-occlusif. À l’interrogatoire le patient est souvent embarrassé et peu contributif : très peu de patients révèlent spontanément l’introduction d’un corps étranger par voie anale. 66.7% se plaignent de proctalgie (sans évoquer l’insertion d’un objet), 9,2% ne le révélent que suite à l’examen clinique et 7,9% après les examens paracliniques ou la découverte du corps étranger.

Le toucher rectal détecte 45% des corps étrangers, les autres étant révélés par une radio ASP ou lorsque les objets sont radio-transparents par échographie et/ou scanner. À court terme les complications peuvent être des érosions intestinales ou vasculaires avec fistules, des abcès, des hémorragies, des douleurs chroniques, des péritonites, etc. Des ulcérations, lacérations, perforations, hématomes rectaux, fistules rétro-vaginales ou un syndrome occlusif sont aussi redoutés, voire le décès par hémorragie massive. Les complications à long terme sont notamment l’incontinence fécale liée aux lésions sphinctériennes, la création de fistules et les sténoses anales.
 

Sources :
1. Corps étrangers intra-rectaux : étiologies et prise en charge des patients, une étude rétrospective multicentrique
par Nima SHAYKHIAN
2. Volumineux corps étranger intra-rectal: à propos d’un cas
Khalid Mazine, Abdesslam Bouassria, Hicham Elbouhaddouti, Ouadii Mouaqit, Elbachir Benjelloun, Abdelmalek Ousadden, Khalid Mazaz, Khalid Ait Taleb.
The Pan African Medical Journal. 2014;18:273 , doi:10.11604/pamj.2014.18.273.4226

3. Corps étrangers colorectaux introduits volontairement. A propos de quatre cas
A. Ousadden, K. IbnMajdoub, H. El Bouhaddouti, J. Lamrani, K. Mazaz, K. AitTaleb.

Annales de médecine et de thérapeutique Amether, Octobre 2009 ; Volume 1, N° 1 : 22 – 25
4. Péritonite sur corps étranger intra-rectal: à propos d’un cas
Hanane Bouamama, Aziz Elmadi, Mohamed Rami, Khalid Khatala, Youssef Bouabdallah, Abdrahman Afifi. 
Pan Afr Med J. 2011; 8: 3. Publication en ligne 2011 janv. 24. French. PMCID: PMC3201594


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