Les plans hôpitaux n’ont pas fini de nous surprendre.

Bernard KRON, Membre de l’Académie Nationale de Chirurgie, Les plans hôpitaux ont été initiés sous Jacques Chirac dans le but de « bien faire », c’est à dire d’améliorer l’offre de soins… mais même l’enfer est pavé de bonnes intentions ! L’hypertrophie du domaine hospitalier a en effet créé des monstres qui ont peu à peu dévoré la majorité

Bernard KRON, Membre de l’Académie Nationale de Chirurgie,

Les plans hôpitaux ont été initiés sous Jacques Chirac dans le but de « bien faire », c’est à dire d’améliorer l’offre de soins… mais même l’enfer est pavé de bonnes intentions ! L’hypertrophie du domaine hospitalier a en effet créé des monstres qui ont peu à peu dévoré la majorité des cliniques privées et les hôpitaux de proximité.

Ces établissements de taille plus humaine concentrent maintenant leurs activités dans des soins de suite, de gériatrie ou sur des Service de Soins et de Réadaptation (SSR). Les Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes, les EPHAD ressemblent malheureusement plus à des mouroirs qu’à des hôpitaux.

Les grands hôpitaux sont lourds, coûteux, difficiles à gérer et parfois le théâtre de graves dysfonctionnements. Le sous-effectif médical, conséquence des coûts et des contraintes organisationnelles (traçabilité, limitation du temps de travail, repos compensateur, RTT), entraîne des attentes interminables aux urgences où le tiers payant généralisé fait un appel d’air toujours plus grand. L’éloignement de la population entraîne un surcroît de dépenses en véhicules sanitaires de transports.

La nouvelle gouvernance a renforcé les pouvoirs exercés par les directeurs d’hôpitaux. Le conseil d’administration est remplacé par un directoire et un conseil de surveillance. Cette évolution participe à la crise et à la socialisation étatique du système de santé.

Il ne faut donc pas s’étonner dans ces conditions que les dépenses explosent. Ces réalités n’empêchent pas en effet des projets pharaoniques de voir le jour. Tel est le cas de l’Hôpital Sud-Francilien (HSF). Il est encore plus gigantesque que les derniers nés que furent Strasbourg et Toulouse: 110 000 mètres carrés utiles pour 300 000 m² « hors tout »! Il regroupe l’offre de soins des hôpitaux Gilles de Corbeil-Essonnes, de Louise Michel d’Évry-Courcouronnes et Albert Calmette de Yerres qui devront être détruits.

Il compte 1100 chambres et 26 blocs opératoires. Les malfaçons et les surcoûts de réalisation le rendaient largement déficitaire avant même son ouverture. Le bail de partenariat public privé (PPP) devait durer 30 ans. Il prévoyait un loyer annuel indexé dont le coût annuel et la maintenance étaient faramineux. Pour 2014, il devait être de 48 millions d’euros. Un accord forfaitaire a dû être conclu pour solder les paiements pour 80 millions d’euros. L’hôpital sud-francilien reprendra à sa charge les coûts de maintenance.

Cette situation n’empêche pas les nouveaux projets de fleurir, à Melun et à Saint Ouen: ce sera le nouvel Hôpital Universitaire Nord dont l’ouverture est prévue pour 2025. Il remplacera les hôpitaux vétustes de Beaujon et Bichat.

C’est maintenant le tour du « Trois en un de Saclay » de se trouver dans les starting-blocks. Ce dernier regroupera les trois hôpitaux difficiles à moderniser d’Orsay-Longjumeau-Juvisy. Comment assurer les financements ? Les coûts sont toujours dépassés et celui de la destruction des anciens hôpitaux toujours sous estimés.

Parallèlement le développement de la chirurgie ambulatoire prend du retard. Il faudrait d’une part fermer 50 000 lits aigus, ce qui est contradictoire avec ces nouveaux hôpitaux. La chaîne de soins devrait être performante: rigueur, coordination parfaite et surveillance irréprochable avant le retour à domicile doivent en effet être sans faille. Cela impose la perfection jusqu’au retour au domicile pour éviter de coûteuses et dommageables ré-hospitalisations.

Texte : bk / esanum

Photo : karen roach / Shutterstock

Kron
Le Dr. Bernard Kron est un ancien chirurgien de l’Assistance Publique de Paris, membre de l’Académie nationale de chirurgie, qui a opéré plus de 25 mille patients,  au cours de sa carrière. Aujourd’hui, il se base sur son expérience pour poser un regard critique sur la situation actuelle de la santé en France. Il est, par ailleurs, membre d’honneur de l’Union Français pour une Médecine Libre (UFML) et il le dit lui même, s’il se bat à l’heure actuelle, ce n’est pas pour lui, mais pour les générations futures.