MII et infection à Clostridium difficile : complications et facteurs de risque

Les maladies inflammatoires de l’intestin (MII) désignent deux pathologies: la maladie de Crohn (CD) et la colite ulcéreuse (UC). Une MII se caractérise par une récidive chronique de conditions inflammatoires, nécessitant de longues thérapies, des hospitalisations périodiques et des chirurgies. Les patients de MII seraient plus à risque de dével

Les maladies inflammatoires de l’intestin (MII) désignent deux pathologies: la maladie de Crohn (CD) et la colite ulcéreuse (UC). Une MII se caractérise par une récidive chronique de conditions inflammatoires, nécessitant de longues thérapies, des hospitalisations périodiques et des chirurgies. Les patients de MII seraient plus à risque de développer une infection à la bactérie Clostridium difficile.

Contexte
La prévalence d’infection à Clostridium difficile parmi les patients de MII semble être en augmentation. Néanmoins les données de prévalence, incidence et complications liées à Clostridium difficile chez les patients de MII souffrent d’une inconsistance, et sont majoritairement rapportées dans des études occidentales.

Étude et méthodes
Une équipe chinoise a publié dans le journal Scientific Reports (DOI: 10.1038/srep29791) les résultats d’une étude visant à évaluer l’effet d’une infection à C. difficile (CDI) chez des patients de MII (CDI-CD ou CDI-UC), ainsi que la prévalence, les facteurs de risque et le profil génétique relatif aux toxines des souches identifiées, dans un hôpital universitaire du sud de la Chine. De 2010 à 2014, 646 patients hospitalisés atteints de MII (CD ou UC) ont été recrutés. Seuls des patients de plus de 16 ans, présentant des diarrhées avec test positif aux toxines de C. difficile ont été pris en considération (n=106). Les souches de C. difficile ont été identifiées par coproculture et caractérisées selon leurs toxines par PCR (gènes tcdA et tcdB pour les toxines A et B, respectivement). Enfin, un suivi sur 2 ans a été réalisé pour analyser les taux de rémission.

Résultats
Sur les 108 cas de MII avec infection à C. difficile, 7 cas sont non-toxigéniques (A-B-), 9 sont toxigéniques A-B+ et 90 sont A+B+. L’infection par une souche toxigénique touche davantage les patients atteints de UC que de CD (19.3 vs. 12.7%, p=0.022).

L’infection à C. difficile chez les patients de CD et UC prolonge la durée d’hospitalisation (33 vs. 17 jours et 21 vs. 11 jours, p<0.001, respectivement) et augmente le nombre d’hospitalisations (7 vs. 3 et 3 vs. 1, p<0.001, respectivement) et le taux de chirurgies intestinales (38.8 vs. 24.9%, OR=1.92, p=0.042 et 12 vs. 2.9%, OR=4.61, p=0.011, respectivement). Une rémission après 2 ans n’est pas atteinte chez 73.5% des patients CDI-CD, contre 54.1% des patients CD non infectés (OR=2.35, p=0.013). Cependant, l’infection ne modifie pas le taux de rémission très faible des cas de UC (environ 90% de non-rémission après 2 ans).

L’analyse des facteurs de risques d’une infection à C. difficile montre un effet néfaste de l’apparition de fistules intestinales (OR=2.48, p=0.007), de l’usage d’antibiotiques (OR=5.11, p<0.001) et de l’Infliximab (OR=2.22, p=0.012) chez les patients de CD, l’usage simultané des deux derniers exacerbant le risque de CDI (OR=10.21, p<0.001). Un profil de risque similaire est observé pour les patients d’UC, hormis pour l’usage d’antibiotiques seuls (Infliximab seul: OR=2.60, p

Conclusions
Cette étude présente quelques limitations comme son aspect mono-centrique et la relativement faible taille de la population étudiée. De plus, les informations sur la prise de médicaments avant hospitalisation peuvent toujours être incomplètes, et la médication à l’hôpital est variable d’un patient à l’autre en terme de médicament et de posologie. Cependant, cette étude a permis de combler le manque d’informations en Asie sur les infections à C. difficile chez les patients souffrant de maladies inflammatoires de l’intestin. Un prolongement de la durée d’hospitalisation, un tableau clinique plus complexe et un taux de colectomies augmenté sont lourds à la fois pour les patients, les systèmes de santé et les organismes payeurs. Ces patients nécessitent une attention toute particulière, et cette étude apporte une base utile en terme d’épidémiologie par son caractère observationnel et pour une meilleure gestion clinique de la maladie par la mise en évidence de plusieurs facteurs de risque.

Texte : jd / esanum
Photo : Kateryna Kon / Shutterstock


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