L'empathie des soignants pour traiter la douleur

L'empathie (ou non) des soignants module le ressenti de la douleur. Une équipe du Centre de recherche en neurosciences de l’Inserm vient de montrer quels mécanismes cérébraux sont à l'œuvre.

La pris en charge de la douleur est au cœur du rôle des soignants. Mais leur comportement peut-il influer sur l’intensité de celle-ci ? Lorsque les soignants manquent d'empathie, ils sous-estiment l'intensité de la douleur chez leurs patients, ce qui peut influencer négativement la perception de l'intensité de la douleur par les patients.

 « Tout médecin ou infirmier sait que son comportement peut influencer le ressenti douloureux des patients. La reconnaissance de la souffrance, l'empathie peut diminuer la douleur » explique Camille Fauchon, chercheur du Centre de recherche en neurosciences de Lyon. Cette constatation empirique et partagée a pour la première fois fait l’objet d’une évaluation scientifique. Les chercheurs ont d’abord voulu confirmer ce constat comportemental, puis en comprendre les mécanismes.

Scénario et dispositif expérimental

Les participants ne savaient pas qu'il s'agissait d'une expérience portant sur l'empathie. Ils pensaient que le but de l'étude était uniquement de recueillir des données sur leur perception de la douleur. Le but réel de l'étude leur a été révélé à la fin.

Placés dans un IRMf 3T, ils ont reçu des stimuli thermiques douloureux. En parallèle, ils ont entendu « par inadvertance » des discussions provenant du personnel du service d’imagerie.

Les participants

30 participants (16 hommes-14 femmes ; âge moyen ± écart-type = 25,5 ± 6,0 ans) ont été retenus. Six autres ont été exclus des analyses parce que lors du debriefing ils ont indiqué n’avoir pas cru au scénario. Aucun ne présentait de trouble cardiaque, neurologique, psychiatrique (notamment dépression ou anxiété) ni de douleur chronique.

Les commentaires des soignants

Placés à trois reprises dans un IRM, les participants ont reçu à chaque fois des stimuli douloureux équivalents. Pendant l'examen, ils ont entendu successivement des commentaires neutres, puis non empathiques, puis empathiques.

« Nous avons fait appel à une troupe de comédiens professionnels qui ont joué des phrases écrites par les psychothérapeutes, selon trois versions : neutre, empathique ou non empathique, avec des mots clés forts. Ces commentaires étaient enregistrés. Pendant l'expérience, la personne soumise à des stimulations douloureuses calibrées entendait les "expérimentateurs" parler dans la pièce à côté » précise Camille Fauchon.

Les commentaires neutres - des discussions non pertinentes - ont toujours été entendus au début de l'expérience afin de familiariser les participants avec cette situation particulière : entendre ce qui ne devrait normalement pas l’être dans un IRM. Peu à peu, les conversations ont dérivé pour aborder l'expérience, et la douleur ressentie par les volontaires.  Cet échange neutre au début a permis un passage progressif et crédible à des conversations empathiques ou non empathiques.

Les stimuli douloureux

Durant chaque séance de 8 minutes, les participants recevaient 12 stimuli thermiques douloureux en alternance avec 8 stimuli verbaux (commentaires des soignants). Une sonde à contact apposée sur le dos de leur main oscillait entre une température de référence (32 °C) et une température nocive cible - déterminée pour chaque participant avant le test - maintenue pendant 10 secondes. Ceci permettait d’obtenir une perception stable de la douleur, évaluée autour de 6/10 par les participants. L’intervalle entre les stimuli nocifs et verbaux était pseudo-aléatoire pour éviter les effets d'anticipation. Entre la fin des stimuli nocifs et l'apparition des stimuli verbaux s’écoulaient entre 12 et 20 secondes.

Les participants ont évalué en continu l'intensité de la douleur au moyen de deux boutons + et -.  L' échelle d’évaluation allait de 0 (aucune douleur) à 100.

L’activité BOLD

Les images fournies par l'IRMf ont permis de comparer - pour chaque type de commentaires des soignants - l'activité BOLD (Blood Oxygen Level Dependent) de chaque aire du cerveau et les changements de connectivité fonctionnelle liés à la perception de l'intensité de la douleur.

Résultats

La première phase de cette première expérience a permis de vérifier que les phrases empathiques diminuent la douleur ressentie d'environ 12 %. « C'est tout à fait significatif : certains médicaments ne font pas mieux » souligne Camille Fauchon. En revanche, les commentaires négatifs augmentent la douleur de manière non significative, probablement en raison d’un mécanisme de défense : les sujets se protègeraient en arrêtant d'écouter.

Il fallait ensuite comprendre quels mécanismes cérébraux entrent en jeu. L'expérience douloureuse consciente résulte de l'activité et de l’interaction de nombreux réseaux cérébraux spécialisés dans différentes tâches. Au premier niveau, le plus « bas » interviennent tout d'abord des aires chargées de la réception des signaux sensoriels - ici nociceptifs - en provenance de l'endroit stimulé en périphérie. Ce signal est ensuite traité par des réseaux dits « supérieurs » dédiés à l'attention, la mémoire, la conscience de soi, l'exploration du contexte, etc.

Ce sont ces réseaux qui vont donner tout le relief à la sensation douloureuse en intégrant des dimensions cognitives, émotionnelles ou liées au contexte. En l’occurrence, ce sont en particulier le cortex cingulaire postérieur et le precuneus que les commentaires empathiques ont impacté lors de l'expérience. « Cela confirme qu'en modifiant le contexte par une attitude empathique, on modifie la perception douloureuse via le recrutement de réseaux cérébraux de haut niveau » conclut Camille Fauchon.

Source :
C. Fauchon et coll.
Brain activity sustaining the modulation of pain by empathetic comments, Scientific Reports (2019) 9:8398. https://doi.org/10.1038/s41598-019-44879-9

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