L'appel au calme d'un médecin italien contaminé par le coronavirus

Le Dr Alquati est un médecin anesthésiste-réanimateur italien de 43 ans. Contaminé par le coronavirus alors qu'il travaillait au coeur de l'épidémie, il est hospitalisé dans un service de maladies infectieuses. Il témoigne de la gravité de la situation mais appelle au calme : les médecins sauront faire face.

Le Dr Alquati est un anesthésiste et réanimateur de 43 ans. Il travaille dans les unités de soins intensifs des hôpitaux de Lodi et Codogno, deux villes de Lombardie (Italie). Il était en service jusqu'à samedi dernier mais est actuellement hospitalisé dans le service des maladies infectieuses de l’hôpital universitaire Policlinico San Matteo de Pavie. Nous l'avons joint par téléphone.


Dr Alquati, comment vous sentez-vous ?

Je vais bien, à part quelques douleurs osseuses. La fièvre est déjà partie, donc je dirais que c'est bon.


Que s’est-il passé ?

Je suis ici depuis dimanche. La veille, j'étais au travail, à Codogno. Pendant mon service, j'ai commencé à avoir des symptômes très semblables à ceux d'un syndrome grippal : douleurs articulaires, fièvre, mal de gorge, toux.  J'ai été testé avec un prélèvement pharyngé et, dans l'intervalle, j'ai été mis en isolement, ainsi que d'autres collègues. Le test s’est avéré positif donc hier après-midi j'ai été transféré en ambulance ici à Pavie.

Je suis simplement sous surveillance. Je n'ai pas de symptômes respiratoires majeurs, et aucun traitement. Un de mes collègues infectiologue a laissé entendre que d’après lui l'hospitalisation pour des cas comme le mien semble une mesure excessive, mais c'est la procédure à suivre pour le moment.

Le service est rempli de patients dans le même état que moi. Heureusement, ce syndrome ne provoque de graves problèmes respiratoires que dans un petit nombre de cas. Si la même chose m'était arrivée il y a 10 jours, je serais resté à la maison pendant quelques jours, puis je serais retourné au travail.


Combien de vos collègues ont été infectés autour de vous ?

Pour l’instant, nous sommes trois. Nous travaillons ensemble dans les équipes des services de soins intensifs de Lodi et Codogno. Aucun d'entre nous ne présente de symptômes graves. Je sais que d'autres collègues qui travaillent à la clinique sont également malades, mais je ne sais pas combien exactement. Aucun, à ma connaissance, ne présente une forme grave du syndrome.


Avez-vous une idée de la manière dont vous pourriez avoir été infecté ?

Je pense avoir été infecté par un collègue - qui est lui aussi malade maintenant - avec lequel j'étais de service la semaine dernière. Nous étions tous deux au travail à Codogno les jours mêmes où le premier cas, qui a déclenché l’alerte, a été diagnostiqué. Je ne pense pas avoir été infecté par un patient car j'ai toujours utilisé toutes les protections. Il est très probable que j'ai été infecté par mon collègue à un moment où je n'avais pas de protection. Sinon, c’est que j'ai été infecté à l'extérieur, comme beaucoup d’autres.


Cette crise vous semble-t-elle bien gérée, d'un point de vue sanitaire ?

Je ne cacherai pas qu'il y a eu plusieurs moments critiques dans cette première phase. À mon avis, beaucoup de choses auraient pu être mieux gérées. À froid, nous devrons faire une analyse précise de certains de ces moments, mais ce n'est pas le moment d'en parler.

Ce qui est certain, c’est que les mesures de précaution prises depuis quelques jours, les mêmes qu’en Chine, sont les bonnes. La contagion doit être contenue, il est donc logique de limiter toute activité qui implique le rassemblement de personnes. Il faut limiter l'exposition potentielle au virus car « l’empêcher » est un terme qui n'a plus de sens. Il s’agit de limiter les dégâts. Le premier cas que nous avons eu à Codogno a probablement été infecté plusieurs jours auparavant. Et avec lui, beaucoup d’autres…

Un rapport récent de l'Imperial College de Londres estime qu'en dehors de la Chine, environ deux tiers des cas d'infection par le CoV-2 du SRAS n'ont pas été détectés. On peut donc imaginer que cette urgence va durer un certain temps.


Quelle situation pensez-vous trouver à l'hôpital lorsque vous retournerez travailler ?

Selon les infectiologues auxquels j'ai parlé, le virus se propage certainement dans d'autres régions d'Italie. Les chiffres augmentent rapidement en Lombardie et en Vénétie, régions où il est activement recherché. Dans les autres régions je ne sais pas. De nombreux syndromes de coronavirus sont probablement passé inaperçus, confondus avec des syndromes de grippe. Si nous pouvons ralentir la propagation du virus, je ne m'attends pas à travailler dans des scénarios apocalyptiques.


L'alarmisme qui se propage ces jours-ci vous semble-t-il motivé ?

Non, pas du tout. D'après les données dont nous disposons, presque toutes les personnes infectées développeront des symptômes légers. Il est certain qu’un petite nombre de ces personnes présentera des complications et finira en soins intensifs… Tout comme des personnes atteintes de la grippe saisonnière.

La mortalité est élevée chez les patients âgés, c'est vrai, mais ce n'est pas surprenant. Ils sont souvent les plus affaiblis et présentent des comorbidités différentes, donc pour eux un passage par les soins intensifs n’est jamais anodin, quelle que soit la raison pour laquelle ils y vont.


Dans les médias, cette épidémie est-elle relatée de manière à accroître la peur, plutôt qu'à rassurer la population ?

Il y a beaucoup d'alarmisme, c'est vrai, surtout dans les gros titres. Il y a quelques années c’était la même chose avec le VIH. On en parlait comme du terrorisme, puis on n’en a plus du tout parlé et aujourd'hui on a presque l'impression que le VIH a disparu.

COVID-19, nous en parlons aujourd'hui comme si c'était Ebola, mais dans quelques temps le ton changera et on comprendra mieux que l'infection par un coronavirus n'est pas une condamnation à mort. Malheureusement peu d’informations circulent et elles évoluent sans cesse. Cela n'aide pas. Ce coronavirus est certainement agressif et le fait de ne pas disposer d'un vaccin rend la situation grave. Nous devons empêcher que toute la population soit infectée et malade en même temps, ce qui entraînerait l'effondrement du système de santé et conduirait à un désastre économique.

L'alarmisme n'est pas que dans les journaux, mais aussi dans le secteur de la santé, qui a d’abord réagi très fortement et maintenant - après quelques jours - fait un peu machine arrière. Jeudi dernier, les collègues qui avaient été en contact avec des patients infectés ont été mis en quarantaine ; aujourd'hui, ces mêmes collègues sont de nouveau au travail, avec des protections,  mais ils sont au contact des patients. Je suis malade, hospitalisé, mais personne ne s'approche de moi en portant une combinaison de protection et un casque…

Vous semblez très calme, pouvons-nous l’être nous aussi ?

Même en cas de syndrome grave, les médecins sauront quoi faire. Ce nouveau coronavirus ne cause rien qu'un réanimateur avec un minimum d'expérience n'ait vu dans sa carrière. Ce sont des conditions cliniques que nous, qui travaillons en soins intensifs, voyons souvent. Le coronavirus, de ce point de vue, ne change rien à notre pratique clinique. Un patient critique peut présenter des complications irréversibles, mais il est vraiment peu probable que ces situations constituent la majorité des cas. Si nous parvenons à limiter la propagation du virus, alors nous pouvons tous être rassurés.


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