Italie : des médecins disent «non» aux centrales à charbon

La crise énergétique liée au conflit russo-ukrainien pose en Italie la question de la réouverture des centrales à charbon. Des médecins dénoncent leur nocivité et rappellent deux scandales sanitaires récents.


L'Associazione Italiana Medici per l'Ambiente (Association italienne des médecins pour l'environnement) a été fondée en 1989 par un groupe de médecins italiens convaincus que la santé humaine est menacée par la dégradation de l’environnement : accumulation de polluants dans l'air, l'eau, le sol et les aliments, perturbations environnementales, etc. 

Cette association est désormais la branche italienne de l’International Society of Doctors for the Environment (ISDE), active dans 25 pays, qui vise à diffuser les connaissances sur les problèmes de santé liés à l'environnement.

L’ISDE a déjà pris position sur le glyphosate, le changement climatique, la qualité de l’air, l’incinération des déchets, la diffusion des produits pharmaceutiques dans l’environnement, etc. 


Réouvrir les centrales au charbon serait nuisible pour la santé 

Selon l'ISDE Italia, la réouverture des centrales électriques au charbon envisagée pour remédier à la crise énergétique consécutive à la guerre en Ukraine serait une erreur. «C'est un choix erroné et nuisible pour la santé … qui ne peut être la réponse aux réductions redoutées de l'approvisionnement en gaz et à l'augmentation, déjà en cours, du coût de l'électricité.» 

L’association précise qu’en Italie le charbon représente moins de 6% de la production totale d'énergie, mais «est responsable d'émissions de poussières et de gaz nocifs, de maladies et de décès. Il s'agit notamment de maladies respiratoires et cardiovasculaires, de cancers, de maladies neurodégénératives et de troubles du développement neurologique tels que le syndrome du spectre autistique et les troubles du langage chez les enfants». 

D’après l’ISDE Italia, «il est reconnu que les populations vivant à proximité de sources d'émissions de produits de combustion du charbon courent un risque plus élevé de contracter ces maladies». Les auteurs de cet appel évoquent ensuite deux scandales sanitaires tristement célèbres en Italie, liés à des centrales électriques au charbon.


Ces catastrophes sanitaires qui ont laissé des traces

À Tarente, l’ex plus grosse aciérie d’Europe fut mise sous séquestre en 2012 suite à une vaste enquête pour catastrophe environnementale. Les anciens propriétaires du site ont depuis été condamnés à des peines de 20 et 22 ans de prison.

«On voyait à l'oeil nu les poussières toxiques flotter dans l'air du quartier mais on n'imaginait pas que le problème était également invisible, avec des substances comme la dioxine» avait déclaré un ancien employé de l’usine à l'AFP. L’aciérie de Tarente rejetait alors jusqu’à 9% des émissions de dioxine en Europe.

Dans cette ville des Pouilles (le «talon» de la botte italienne), le taux de mortalité est supérieur de 10% à 15% par rapport au reste de l’Italie, et le nombre de cancers infantiles dépasse de 50% ceux enregistrés au niveau national. Le parquet de Tarente a évoqué 400 décès liés à l’aciérie. Les experts cités par les parties civiles ont eux évoqué 11.500 décès recensés à proximité entre 2004 et 2010, dont 7.500 causés par des maladies cardio-respiratoires, des cancers et leucémies imputables aux émissions toxiques des hauts fourneaux.

En 2014, deux autres centrales au charbon ont été fermées sur décision judiciaire. Situées à Vado Ligure, entre Gênes et Nice, elles ne respectaient pas les recommandations des autorités sanitaires en termes d’émissions toxiques. D’après le parquet italien, ces émissions seraient à l’origine du décès de 442 personnes entre 2000 et 2007. Elles auraient aussi conduit «entre 1.700 et 2.000 adultes à être hospitalisés pour des maladies respiratoires et cardio-vasculaires, et 450 enfants pour différentes pathologies respiratoires et des crises d’asthme entre 2005 et 2012». 

Pour l’ISDE Italia, ces cas «nous ont malheureusement appris à quel point la traînée de fumées s'élevant de leurs usines est douloureuse et mortelle» et la crise énergétique actuelle ne justifie pas la production d'énergie à partir de combustibles fossiles. 

«En tant que médecins, nous avons l'obligation morale et déontologique d'indiquer quels sont les meilleurs choix pour la protection de l'environnement, du climat, de la santé et de la paix.» Rappelant que l'Italie est «le pays du soleil», l’ISDE soutient la production d'énergie solaire mais aussi hydroélectrique et éolienne. 


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Références :
ISDE Italia - Riaprire le centrali a carbone è una scelta sbagliata e dannosa (17 mars 2022).