Frédéric Adnet - Le prof de FAQ

Sa Foire aux questions sur le Covid-19, ce sont 46 pages où la rigueur et le doute reprennent leurs droits. Ses explications - simples, jamais simplistes - sont devenues un repère. Énoncer plutôt qu'asséner : les voix claires portent loin, la sienne a franchi les murs de son service puis quelques frontières. Chercheur et médecin, il est aussi le prof que nous voulions avoir.

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Professeur agrégé de Médecine d'Urgence
Chef des Urgences de l’Hôpital Avicenne et du SAMU 93

Depuis le 12 mars, le Pr Frédéric Adnet fait régulièrement le point sur les connaissances relatives au Covid-19. Épidémiologie, études, clinique... Nous avons publié avec grand plaisir les 46 numéros de sa Foire aux questions dans notre blog Covid Corner.
L'aventure était trop belle pour un clap de fin : le rendez-vous est désormais hebdomdaire, grâce à une newsletter toujours plus pédagogique.   


Pourquoi un tel succès avec votre Foire aux questions sur le Covid-19 ?  

Ces FAQ ont donné des repères aux non-spécialistes confrontés à un brouhaha composé de rumeurs, de fakenews et des inévitables incertitudes de l’Evidence-based medecine. Pour quelqu’un qui n'a pas l'habitude d'avoir une lecture critique de la littérature médicale, c’est difficile de faire le tri. Mon objectif a toujours été que ces FAQ soient compréhensibles par un soignant non médecin, donc j'ai évité autant que possible les termes techniques. Je me suis aussi permis des pointes d’humour, tout en restant très factuel.  

Je ne pensais vraiment pas que les FAQ seraient diffusées aussi largement, jusque dans d’autres pays. Au début, je voulais juste répondre aux questions sur le Covid-19 posées par des soignants de mon service, en cherchant des réponses dans la littérature. Je ne pensais pas que les FAQ sortiraient de ce cercle, une soixantaine de médecins, une trentaine d’internes, autant d’externes et le personnel paramédical. Dans les premiers numéros, il s’agissait de réponses brèves, en quelques phrases, sans référence aux études évoquées. Je les diffusais par mail au sein du service. 

Et puis les internes suivis de quelques médecins ont commencé à faire circuler les FAQ dans leurs associations, leurs réseaux, et tout s’est emballé. Je recevais chaque jour de nouvelles demandes de personnes ou de groupes qui voulaient être sur la liste de diffusion. Aujourd’hui, il y a plus de 2.000 inscrits, en métropole, dans les Dom-Tom et à l’étranger. Les FAQ ont été traduites en italien, en espagnol et en anglais. Elle sont été relayées au Canada, au Mexique… En France, WhatsApp et surtout Twitter ont aussi donné un coup d’accélérateur. Le succès des FAQ m’a conduit à limiter les items abordés pour les étoffer, et à citer systématiquement les sources.

Vers le numéro 40 de la FAQ,  j'ai trouvé qu’il n’y avait pas vraiment d’avancées sur les questions fondamentales comme le traitement, l’immunité ou le vaccin. Les études tournent un peu en rond sur les facteurs de risque, et je pense que les lecteurs auraient fini par se lasser. J’ai préféré faire évoluer le format vers une newsletter hebdomadaire plus fouillée et pédagogique, avec des visuels.


D’où vous vient ce goût pour la littérature scientifique ?  

J’ai été chercheur avant d’être médecin. Je suivais les deux cursus en parallèle, et j’ai obtenu une thèse de physique nucléaire puis un poste de maitre de conférence alors que je terminais mon internat. Après six années au CNRS j'ai bifurqué vers la médecine. Je préférais soigner les gens. Ensuite je me suis investi dans la recherche clinique, et j'ai coordonné plusieurs essais. Ma culture scientifique m'aide pour trier la littérature.

Pour ces FAQ, j’avais plusieurs sources. Je suis abonné aux principales revues scientifiques et j’ai pioché des informations dans les revues bibliographiques comme celle de l’AP-HP. Des confrères et des lecteurs m’ont aussi envoyé les études qu’ils trouvaient pertinentes. La grande nouveauté liée à l’épidémie, c’est l‘explosion du nombre d’études disponibles en pre-print [qui n’ont pas encore été reviewées par les pairs et publiées]. C’était courant de publier des études à ce stade en sciences dures, mais c’est un phénomène nouveau dans le domaine de la recherche clinique. Avant de citer une étude en pre-print, encore faut-il être sûr qu’elle sera effectivement publiée. Il faut donc la passer au crible, chercher d’éventuelles faiblesses méthodologiques, s’assurer de la fiabilité des auteurs.


Dans votre FAQ, le Pr Raoult n’est pas toujours «content»…

Le phénomène autour du Pr Raoult n’est pas compatible avec l’analyse factuelle que je défends. Sa méthodologie consiste a utiliser son intuition comme une preuve. Si elle se révèle bonne, il affirmera que sa méthode, qui est erronée, constitue une preuve. La recherche aura régressé. S’il se trompe, cela démontrera que l'on ne peut pas proposer de traitements sans preuve. Et cela sera surtout très triste pour les malades.

Quant à sa communication, elle est très agressive envers la moindre critique, mais elle est aussi sectaire. Le Pr Raoult utilise à la fois son titre comme gage de sérieux et les vieilles ficelles de ceux qui prônent des choses irrationnelles. Par exemple, il a recours aux syllogismes. Ce mélange brouille les pistes, et il parvient à fasciner des personnes non averties en leur donnant l’illusion d’une logique absolue.  

En médecine il est toujours très difficile de démontrer que quelque chose ne fonctionne pas. Mais nous disposons maintenant d’un faisceau de preuves montrant que la chloroquine ne traite pas le Covid-19, et qu’on peut lui attribuer un certain nombre de morts.  

Pendant l’épidémie, la recherche permanente du scoop y compris par des médias spécialisés a pollué les niveaux de preuves des études. Même l’AP-HP s'est fait prendre dans cette course à l'échalote avec l’étude sur le tocilizumab. L’urgence de trouver un traitement a fait oublier des principes fondamentaux de la recherche. Il faudra y réfléchir lorsque la crise sera passée.



(Propos recueillis par Benoît Blanquart)
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