Film documentaire Etats de choc - La pandémie vue par les médecins

Attaquée de toutes parts, la parole des médecins facilement qualifiés d'«alarmistes» est au mieux brouillée, au pire inaudible. S'ils prennent position, c'est pourtant au nom d'une sombre réalité qu'ils côtoient jour après jour. Le film documentaire Etats de choc alternera séquences en immersion et interviews d'experts. Son but : vulgariser les raisonnements scientifiques en déployant leur dimension humaine.



Interview de Kevin Enhart,
à l’origine du projet de film Etats de choc – Primum non nocere.



Etats de choc, c’est quoi ? 

C’est un film documentaire qui alternera des séquences en immersion dans des services hospitaliers – urgences, soins intensifs, etc. – et une dizaine d’interviews de médecins et scientifiques, sur un plateau.

Ce film durera environ 1h30, dont les deux-tiers en immersion. Le tournage est prévu pour le printemps et la sortie pour octobre 2021. Idéalement, Etats de choc sera diffusé à la télé ou sur grand écran ; a minima on pourra le regarder sur une plateforme de diffusion. Nous venons de lancer une campagne de crowdfunding pour le financer.*  

Je connais peu le monde médical mais je me suis intéressé très tôt à la vulgarisation scientifique. En 2008, voyant les théories créationnistes envahir les réseaux sociaux qui venaient juste de naître, j’ai lancé un forum sur lequel plusieurs scientifiques m’ont rejoint pour débattre du sujet. Pour Etats de choc, la démarche relève à la fois du témoignage et de la vulgarisation. Ce que nous voulons, c’est réunir dans un même espace d’une part les récits des soignants, patients hospitalisés et familles et d’autre part des explications scientifiques. 

Notre pays semble coupé en deux, avec d’un côté des soignants qui vivent l’enfer depuis un an, loin des regards, et de l’autre une population harassée par les restrictions. Pour tous ceux et celles qui ne sont pas soignants – comme nous-mêmes qui portons ce projet – il est très difficile de comprendre ce qui se passe derrière les murs des hôpitaux donc de faire le lien avec les restrictions.

Les reportages tournés dans les hôpitaux foisonnent depuis des mois, et les médecins arpentent les médias sans relâche. Pourtant, leur parole est restée diffuse, fragilisée car systématiquement attaquée et stigmatisée. Comme s’ils étaient directement responsables des restrictions. Comme s‘ils poussaient la population à «choisir un camp». Comme s’ils étaient une élite arrogante et dogmatique. Quand les soignants tiennent des propos alarmistes, ils le font au nom d’une réalité qu’ils sont les seuls à mesurer, tous les jours, au chevet des patients. Nous voulons montrer la réalité brute qui est derrière leurs prises de position car c’est elle qui donne du sens aux études et aux modélisations des scientifiques. 

Les querelles d’experts, les analyses de courbes à la TV, c’est une chose. Mais derrière ces courbes il y a des gens qui meurent, des proches à prévenir, une charge émotionnelle permanente pour les soignants, sans compter leur angoisse d’être contaminés. En ce moment, nous parlons de «plateau» de l’épidémie. Alors que chaque jour c’est l’équivalent d’un avion de ligne qui s’écrase en France. Parfois un A340, parfois un A380. Comment une partie de la population en est-elle venue à discréditer la parole de celles et ceux qui tentent d’empêcher ça ? 



C’est un «anti-Hold-up» ?

Hold-up, c’est un documentaire très mauvais mais une très belle manipulation. Les auteurs ont utilisé des ressorts de la fiction – typiquement, les musiques lancinantes – pour instaurer un état émotionnel propice au doute. Ensuite le discours d’un soi-disant expert vient ancrer ce doute dans la réalité. À ce moment-là le spectateur est ravi de gober une explication, même la plus farfelue. Ce glissement de la fiction vers une pseudo-réalité fonctionne à merveille. 

Etats de choc présentera une toute autre version de l’histoire, et les procédés artistiques seront à l’image de ce que nous attendons d’un discours d’expert : justesse et transparence. Par exemple, nous ne chercherons pas à «plomber» le spectateur avec des images insoutenables. En immersion nous assisterons forcément à des scènes très pénibles, mais nous ne les utiliserons que dans la mesure où elles servent la narration. Le but, c’est de montrer la réalité des services de soins, pas de l’occulter en plongeant délibérément le spectateur dans un état émotionnel qui l’empêche de comprendre et de réfléchir.

Si Etats de choc n’est pas un anti-Hold-up, en tous cas il apportera une autre voix, avec une autre tonalité. Contrer une parole conspirationniste est ardu, mais il est essentiel, au moins, de ne pas la laisser résonner seule. 



Pourquoi ce film ? 

C’est bien la sortie de Hold-up qui nous a décidés à faire ce film, mais ce projet j’y pense depuis la première vague. Je voulais alors comprendre comment les soignants pouvaient tenir, travailler comme ça, la peur au ventre, voir parfois leurs collègues mourir. Cela me semblait insensé d’être exposé aussi longtemps à une charge aussi forte.

La Covid, je l’ai eue moi aussi, en avril dernier. J’en garde des séquelles. Pendant des mois j’étais terrifié à l’idée de ne jamais récupérer et en même temps j’entendais monter cette petite musique disant que cette maladie n’existe pas, ou qu’elle n’est pas grave. C’était complètement discordant.     

Après, à l’automne, j’ai été effaré par la flambée des discours complotistes et le lynchage des médecins sur les réseaux sociaux. Les héros d’hier devenaient des menteurs qui refusaient de soigner et euthanasient à coup de Rivotril. Bien que je ne sois pas médecin, cela m’a paru insoutenable ; c’est là que j’ai décidé de m’exprimer, d’une manière ou d’une autre. J’avais d’abord pensé à un film de fiction, ou même à une  BD car je suis aussi illustrateur, mais ce n’est pas ma voix qui compte, c’est celle des experts. Or ces supports n’étaient pas adaptés pour créer ce va-et-vient entre récit et explications. 

Par ce film, nous voulons aussi montrer les succès et les échecs de la recherche scientifique. Nous avons tendance à l’oublier, mais cette pandémie a donné lieu à de véritables prouesses – comme la mise au point aussi rapide des vaccins – et à l’essor de travaux scientifiques collaboratifs avec la mise en commun des données. Par contre, les scientifiques n’ont pas su enrayer la prolifération des fake news, ni anticiper l'impact de Didier Raoult sur une population angoissée et dénuée de connaissances scientifiques. L’affaire de la ciclosporine A, présentée en 1985 comme un traitement miracle du HIV, n’a pas servi de leçon.  



Etats de choc, c’est qui ?

Parmi les intervenants nous pouvons déjà annoncer la présence de Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses de l'hôpital Saint-Antoine, de Dominique Costagliola – épidémiologiste et biostatisticienne française, Grand Prix de l'Inserm 2020 pour son travail sur la pandémie –, du médecin généraliste Christian Lehmann, de Mathieu Molimard (chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Bordeaux), d'Amina Ayouch Boda, psychologue clinicienne, de Mathias Wargon, médecin urgentiste, d'Alexandra Delbot (journaliste scientifique – France Culture), de Marc Gozlan (médecin et journaliste – Le Monde) et d'Étienne Klein (physicien et philosophe des sciences).

Nous dévoilerons au fur et à mesure de nouveaux noms. Pour l’instant, je peux simplement vous dire que parmi nos invités figureront aussi un modélisateur, un sociologue, une experte en pharmacologie et une experte en immunologie [ndlr : nous ajouterons dans cet article les noms des personnes invitées au fur et à mesure de leur confirmation - dernière mise à jour le 22 mars 2021]. 

Derrière la caméra, nous serons deux. David Sarrio a déjà réalisé plusieurs courts et longs métrages ainsi que des publicités. Il a aussi travaillé comme reporter et interviewer, notamment pour France2 et pour la BBC. Pour ma part, j’ai travaillé comme scénariste pour le cinéma, la télévision et des séries d’animation. Xavier Hugonet, producteur expérimenté, complète notre trio. 


(propos recueillis par Benoît Blanquart)



* Le film sera réalisé si les auteurs du projet parviennent à collecter la somme de 36.000 euros d’ici le 28 mars. Plus de 7.000 euros ont déjà été réunis.

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