Empathie face à la douleur : l’influence du jugement moral sur l’activité cérébrale

Moralité et empathie sont deux aspects primordiaux définissant l’être humain. D’un côté, les notions de justice et d’équité, de l’autre la capacité de partage de l’état affectif d’autrui. Chacune met en jeu des aspects émotionnels et cognitifs, se traduisant par des activités spécifiques de certaines zones du cerveau. Ces deux aspects interagiss

Moralité et empathie sont deux aspects primordiaux définissant l’être humain. D’un côté, les notions de justice et d’équité, de l’autre la capacité de partage de l’état affectif d’autrui. Chacune met en jeu des aspects émotionnels et cognitifs, se traduisant par des activités spécifiques de certaines zones du cerveau. Ces deux aspects interagissent l’un avec l’autre. Il a notamment été montré que voir la souffrance d’une personne immorale induit une réduction de réponses empathiques en comparaison à la souffrance d’une personne morale.

Dans une étude intitulée « Moral judgment modulates neural responses to the perception of other’s pain : an ERP study », récemment publiée dans le journal Scientific Reports (DOI : 10.1038/srep20851, lien), des chercheurs chinois ont évalué l’effet de la moralité sur l’empathie par la technique du potentiel évoqué (en anglais ERP). L’activité électrique du cerveau de 28 participants a été mesurée par électroencéphalogramme lors de cycles de stimuli visuels consistant à établir une condition de moralité (« tueur », « donneur de sang » ou « non identifié ») puis à observer l’image d’une situation du quotidien douloureuse ou non.

Parmi les composantes de l’ERP, la fenêtre de temps N2 (entre 240 et 290 ms après le début du stimulus image) a révélé des signaux plus négatifs dans les cas d’images douloureuses suite conditionnement moraux « non identifié » (p=0,017) et « donneur de sang » (p<0,001) en comparaison avec les images non douloureuses. Aucune différence significative n’a été révélée dans le cas du conditionnement moral « tueur ». L’analyse séparée des réponses aux stimuli douloureux ou indolore a montré un effet significatif de l’information de moralité uniquement pour les images douloureuses (p=0,005). L’estimation de la source de ces signaux particuliers a révélé des origines du lobe frontal (ventral medial prefrontal cortex, vmPFC / orbitofrontal cortex, OFC / anterior cingulate cortex, ACC).

Les auteurs concluent qu’une plus faible différence d’amplitude N2 et une plus faible activation des zones vmPFC et ACC reflètent une excitation affective et une contagion émotionnelle amoindries envers la souffrance d’une personne immorale. Il s’agirait d’un comportement de protection face à des personnes pouvant être une source de danger. L’électroencéphalogramme est facile à mettre en place mais présente des limitations pour la détermination précise de localisation spatiale. De plus, il n’est pas à exclure d’autres effets que le conditionnement sur l’information morale comme source de modulation de l’activité du cerveau face aux stimuli visuels.

Texte : jd / esanum

Photo : Naeblys / Shutterstock


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