Les propositions du Dr. Kron pour sauver notre système de soins

Docteur Bernard KRON, Membre de l’Académie Nationale de Chirurgie —————- Mes propositions aux Candidats aux Présidentielles pour sauver notre système de soins (Deuxième partie) La pénurie de médecins, le temps d’attente aux urgences, les délais d’obtention de rendez vous, la dégradation des soins sont la conséquence

Docteur Bernard KRON,

Membre de l’Académie Nationale de Chirurgie
—————-
Mes propositions aux Candidats aux Présidentielles pour sauver notre système de soins
(Deuxième partie)

La pénurie de médecins, le temps d’attente aux urgences, les délais d’obtention de rendez vous, la dégradation des soins sont la conséquence des précédentes réformes qui étatisent la santé. Les Maires des petites agglomérations veulent mettre fin à la liberté d’installation et instaurer un service civile de 3 ans pour les jeunes généralistes. Cela serait catastrophique et aggraverait la situation : faire 10 ans d’études et 3 ans de service civile serait contre-productif. Réformer le cursus des études médicales comme on l’a vu dans mon précédent article permettrait seule de remettre sur rail le système en densifiant l’Externat.

Un an de stage obligatoire à la campagne en 6ème année suivi de 2 ans d’internat ramènerait les études à huit ans au lieu de dix. Cela mettrait sur « le marché » des milliers de jeunes généralistes. La Ministre veut maintenant créer une licence santé et des métiers d’infirmières cliniciennes pour soulager les médecins. Serait-ce le retour des officiers de santé ?

Il faudra dégager des budgets afin de revaloriser l’exercice médical libéral dans les déserts. La réforme des hôpitaux et des organismes de l’Etat trop dépensiers et redondant devra donc être menée. La réorganisation de la médecine de ville est à ce prix !

I) La réforme des hôpitaux :

En 1958 le plein temps hospitalier a permis de moderniser les hôpitaux mais la politique du tout hôpital est coûteuse. « On déshabille Pierre pour habiller Jacques car l’hôpital c’est 100 000 médecins, 40% du budget santé pour 25% des soins assurés! ». La nouvelle gouvernance complique une organisation déjà trop lourde: l’administration décide des dépenses, alors que peuvent faire le directoire et le conseil de surveillance face à cette situation ?

Les contrôles sont confiés aux agences régionales de santé ce qui aurait dû permettre d’éviter certains détournements financiers scandaleux par des directions peu scrupuleuses avec parfois la souscription de prêts toxiques. Les agences régionales hospitalières bien que parfaitement informatisées, n’avaient rien fait dans ce domaine : simple tolérance ou complicité laxiste ?

La perte de 80 millions d’€ d’honoraires « évaporés » par bug informatique à l’AP-HP en est la démonstration la plus récente.

La réorganisation des urgences :

L’hôpital est débordé par l’afflux aux urgences, plus de 18 millions de passages chaque années. Elles sont gérées par des urgentistes polyvalents. Ceux-ci sont moins affûtés que les chirurgiens pour la traumatologie et la pathologie abdominale.  Par dogmatisme, le retour du privé dans leur prise en charge tarde. L’allègement des contraintes administratives des établissements permettrait de recréer un réseau d’offres qui soulagerait l’hôpital. On ne compte plus le nombre de transferts vers le privé, faute d’équipes disponibles pendant ces gardes.

La convergence tarifaire

La convergence tarifaire hospitalière, à peine amorcée avec le privé, est remise en cause. Casser le thermomètre de la T2A (Tarification à l’activité) ne supprimera pas la maladie : « L’hôpital dépense trop. »

La loi du marché est faussée par les subventions. Le constat est édifiant en ce qui concerne les décisions à prendre : on continue d’aller dans la mauvaise direction. Les solutions mises en place écartent les acteurs du privé. Les hôpitaux sont surdimensionnés. Il faudra en diminuer la taille tout en les dotant de toutes les technicités. Qui le fera ? Stopper la désertification est à ce prix.

II) Les organismes redondants de l’Etat :

Les lois Savary (1982 – 1984) sur l’université, les ordonnances Juppé de 1996, les lois Kouchner de 2002 et la loi HSPT de 2011 ont créé de nouveaux organismes. Ils se contredisent et entraînent une inflation de dépenses inutiles ? Qui connaît leur rôle ? Pour le profane, les sigles tous plus mystérieux les uns que les autres se multiplient. Ils rendent notre vocabulaire incompréhensible.

Les acteurs de ces organismes sont animés par la même pensée négative sur la médecine libérale, ce qui explique sa mise en coupe réglée par de multiples contraintes. La Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) avait annoncé plus de 300 mesures de simplification et ce, sans aucun effet. En 2012, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault lance la modernisation de l’action publique (MAP) sans résultats. Le Schéma Régional d’Organisation Sanitaire et Sociale (SROSS) a étendu des réseaux de plus en plus complexes.

L’absentéisme de si nombreux salariés dans les caisses d’assurance maladie, taux deux fois plus élevé que dans le privé, ainsi qu’un personnel en surnombre, aurait du inciter le législateur à simplifier toutes ces structures au lieu de les multiplier. Cet absentéisme atteint onze points dans la fonction publique hospitalière, et dépasse ces onze points dans la fonction publique territoriale.
« Le ministère des sigles ! »

Les 26 Agences Régionales de Santé et de Solidarité (ARSS) mises en place par la Loi santé HSPT de 2011 fonctionnent sous directorat d’Etat. Elles nomment les directeurs d’hôpitaux s’ils ne sont pas nommés directement par le conseil des ministres. Les Observatoires Régionaux de la Santé (ORS), la Direction Générale de l’Organisation de Soins (DGOS), les Agences Régionales de l’Hospitalisation (ARH), DDASS, DRASS, CRAM, HASP et autres administrations y sont regroupés. Ils travaillent sans réelle transversalité et veulent contrôler l’ensemble de la médecine libérale. Les missions d’appui (MAINH et MEAH) ont été transférées dans les directions de l’hospitalisation. Les investissements sont allés à 99% à l’hôpital.

La Haute École de Santé Publique (HESP) a été créée à Paris après la dernière guerre en même temps que l’École Nationale d’Administration (ENA) pour réorganiser le pays en ruine. Elle participe, de par ses ramifications dans les ministères, à la mise sous tutelle de la médecine libérale. Avec de telles compétences, comment peut-il subsister encore autant de cas de fraudes à notre époque du tout informatisé ? On estime à plus de 10 millions le nombre de fausses cartes vitales en circulation. Elles permettent d’accéder aux soins ou à l’achat de médicaments sans droits réels. Il faut ajouter à ces dépenses des dizaines de millions non réglées à nos hôpitaux par des « touristes médicaux ».

Alors oui seule une réforme en profondeur de tout le système tel que je le décris dans mon livre* pourrait sauvera notre médecine.

*”Chirurgie chronique d’une mort programmée”, Éditions L’Harmattan.

Texte : bk / esanum
Photo : Mirexon / Shutterstock

Kron
Le Dr. Bernard Kron est un ancien chirurgien de l’Assistance Publique de Paris, membre de l’Académie nationale de chirurgie, qui a opéré plus de 25 000 patients,  au cours de sa carrière. Aujourd’hui, il se base sur son expérience pour poser un regard critique sur la situation actuelle de la santé en France. Il est par ailleurs, vice Président de l’association AAIHP (Internat de Paris) et membre d’honneur de l’Union Française pur une Médecine Libre (UFML). Il le dit lui même, s’il se bat à l’heure actuelle, ce n’est pas pour lui, mais pour les générations futures. Lien Facebook.
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