Les déserts médicaux fatalité ou construction politique?

Par le Docteur Bernard KRON, Les déserts médicaux s’aggravent, témoins de l’incurie du système mais il ne saurait y avoir de réponses simples. Pour attirer les médecins dans les territoires il faut rendre attractives les régions désertées (emploi, couverture numérique, réseaux de transport etc) mais cela n’est qu’un aspect du problèm

Par le Docteur Bernard KRON,

Les déserts médicaux s’aggravent, témoins de l’incurie du système mais il ne saurait y avoir de réponses simples. Pour attirer les médecins dans les territoires il faut rendre attractives les régions désertées (emploi, couverture numérique, réseaux de transport etc) mais cela n’est qu’un aspect du problème.

La pénurie de médecins, le temps d’attente aux urgences, les délais d’obtention de rendez vous, la dégradation des soins sont comme nous l’avons vu dans une précédente analyse, la conséquence des réformes qui étatisent progressivement le système de santé et participent à la désertification. Un soir de 1966, alors que Georges Pompidou était premier ministre, un jeune chargé de mission à Matignon du nom de Jacques Chirac présente à son patron une pile de décrets à signer. Le chef du gouvernement entre alors dans une colère noire et remet à sa place son lieutenant : « Mais arrêtez donc d’emmerder les Français. Il y a beaucoup trop de lois, trop de règlements dans ce pays. »

Dans la très belle correspondance privée de l’ancien président de la République, mort tragiquement en avril 1974, cette détestation des normes, des interdits et des arrêtés revient constamment, tant Georges Pompidou était attaché à la liberté individuelle et au sens de la responsabilité de chacun. Le monde politique les yeux rivés sur les déficits N’A PAS TENU COMPTE DE CE BON SENS et a eu une idée folle: “Diminuer le nombre de médecins pour juguler le déficit de la Sécu!”

Ce déficit était de 240Mds à l’arrivée d’Alain Juppé” en 1995, depuis il s’est encore aggravé! Quelques chiffres:

Le numerus clausus a limité ainsi trop sévèrement le nombre d’étudiants en médecine en n’en recevant que 17% à la fin de la première année!

Parallèlement le nombre de médecins de ville retraités a bondi de 56 % en six ans pour atteindre 62 490 en juillet 2016, selon les derniers chiffres de la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF). Ils étaient moins de 40 000 en juillet 2010. En un an, près de 5 000 praticiens libéraux supplémentaires de la génération du baby-boom ont fait valoir leurs droits à la retraite (ils étaient 57 700 en juin 2016). Près de huit médecins retraités sur dix sont des hommes (âgés en moyenne de 73,5 ans). Selon la CARMF, le nombre de praticiens retraités continuera à fortement augmenter dans les dix prochaines années car la très grande majorité des cotisants en activité (55 000, hommes et femmes confondus) sont âgés de 55 à 64 ans. Les praticiens en exercice sont âgés de 56 ans en moyenne pour les hommes, contre 50 ans pour les femmes.

La féminisation de la profession ne se dément pas avec 58 % de femmes chez les moins de 40 ans.

Pour régler le problème dramatique des déserts médicaux, il faut :

  1. Faire un diagnostic des mauvaises mesures prises par nos élus conseillés par la pensée unique des énarques :

    Les missions des hôpitaux sont inadaptées avec un mépris des médecins de ville, un totalitarisme administratif. Le personnel est en grève harassés par la technocratie et, la paperasse.Les 35h POUR LES SOIGNANTS SONT UNE folie QUI LES METTENT SOUS PRESSION.
    Le numerus clausus a déséquilibré le recrutement. Son augmentation est dérisoire si on la compare à l’inversion monumentale de la sex-ratio des étudiants de première année. La très grande majorité de nos futurs lauréats seront de sexe féminin. Nos consœurs sont certes tout aussi compétentes que leurs homologues masculins, mais beaucoup moins enclines à s’installer en libéral. Le salariat qui en est le corollaire, diminuera le temps consacré aux soins. Il faudrait doubler ce chiffre pendant cinq ans compte tenu des départs massifs à la retraite dans les dix prochaines années.

  2. Prendre les bonnes mesures

    Conséquence directe du numerus clausus : plus de 20 000 étudiants français sont partis ces dernières années faire leurs études à l’étranger : Belgique, Bulgarie, Roumanie et plus récemment en Espagne, cette dernière ayant instauré un système de formation continue sans examen sélectif. La question est de savoir combien reviendront s’installer en France dans une profession martyrisée et exsangue.Les études durent 6 à 7 ans compte tenu des redoublements : les stages sont insuffisants et de qualité variable, « l’externe » faisant souvent office de secrétaire. Le cycle de cet «externat» devra être plus formateur et identifier précocement les futurs médecins généralistes et les chirurgiens. Les 2 dernières années devraient inciter au choix de la médecine générale grâce à des stages plus formateurs. Les étudiants ont en effet peu de temps pour choisir leur voie et manquent de pratique pour savoir faire un diagnostic et les soins de premier recours. Il faudrait identifier les étudiants qui opteraient pour la chirurgie car elle nécessite une formation spécifique et les futurs médecins généralistes.

    L’Examen Classant National permet à tous d’accéder à l’Internat. La sélection a été faite au début des études médicales sur des critères qui ne permettent bien évidemment pas de savoir si elle donnera de bons praticiens. Elle n’existe plus ensuite, il suffit d’être patient, même en « séchant » certains stages. Paradoxe, l’examen final national n’est que classant (ECN). Il offre plus de places qu’il n’y a de candidats puisque 600 postes de médecine générale ne sont pas pourvus depuis plusieurs années. Une mauvaise note n’empêche pas d’être interne : une insulte au bon sens. Nombre d’étudiants préfèrent redoubler une année plutôt que de choisir une spécialité ou une ville de faculté qui ne leur conviendrait pas.

    L’Internat : après l’Examen classant ouvert à toute l’Europe offre 8 000 postes chaque année. L’internat dure pour les médecins généralistes trois ans (qui vont être portée à quatre) et cinq ans pour les chirurgiens. L’internat de MG devrait durer deux ans. Ce raccourcissement permettrait de former des milliers de médecins généralistes en supplément. Au pays des 35 heures les jeunes internes ne veulent plus travailler 70h par semaine et choisiront une spécialité sans urgences ou le salariat.

    Le post internat et la réforme du 3éme cycle: les médecins généralistes sont devenus des spécialistes, ils devront faire un post-Internat pour avoir droit d’accès au secteur à honoraires libres. Le Clinicat sera réservé aux internes tournés vers les carrières hospitalières.

  3. Réorganiser les territoires pour attirer à nouveau les jeunes

    C’est le dernier volet mais il est essentiel car le sterritoires ne sont pas désertés par les seuls médecins. Des mesures de contraintes comme le conventionnement sélectif seraient contre productives. La création de maison médicales si elles sont vides ne sont pas non plus la solution.

Ces questions feront l’objet d’une émission spéciale à Sud Radio le 15 Novembre à 18heures : Sud Radio 99.9 TEL 0826 300 300

Texte : esanum / bk

Kron
Le Dr. Bernard Kron est un ancien chirurgien de l’Assistance Publique de Paris, membre de l’Académie nationale de chirurgie, qui a opéré plus de 25 000 patients,  au cours de sa carrière. Aujourd’hui, il se base sur son expérience pour poser un regard critique sur la situation actuelle de la santé en France. Il est par ailleurs, vice Président de l’association AAIHP (Internat de Paris) et membre d’honneur de l’Union Française pur une Médecine Libre (UFML). Il le dit lui même, s’il se bat à l’heure actuelle, ce n’est pas pour lui, mais pour les générations futures. Lien Facebook.
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