Sous-types de dépression et risques de maladies cardio-métaboliques

L’association entre troubles dépressifs et maladies cardio-vasculaires est clairement établi, mais les mécanismes sous-jacents sont méconnus. Les associations entre dépression et obésité, diabète et hypertension suggèrent une vulnérabilité accrue aux maladies cardio-métaboliques. Contexte Le syndrome métabolique (ensemble de paramètres physiolog

L’association entre troubles dépressifs et maladies cardio-vasculaires est clairement établi, mais les mécanismes sous-jacents sont méconnus. Les associations entre dépression et obésité, diabète et hypertension suggèrent une vulnérabilité accrue aux maladies cardio-métaboliques.

Contexte

Le syndrome métabolique (ensemble de paramètres physiologiques à l’origine d’un risque accru de diabète de type 2, maladies cardiaques et accident vasculaire cérébral) semble associé à la dépression. Cependant, la force des effets mesurés souffre d’une grande hétérogénéité, en partie à cause de la diversité des différents troubles dépressifs. Les études évaluant le trouble dépressif par entrevue directe avec les patients sont rares, et l’utilisation d’échelles d’évaluation ne permet en général pas la différenciation des sous-types de dépression. Le sous-typage des troubles dépressifs (atypique, mélancolique ou non spécifié) paraît une approche adaptée pour élucider les mécanismes à l’origine de l’association entre dépression et facteurs de risque cardio-métaboliques.

Etude

Un échantillon aléatoire de la cohorte prospective CoLaus|PsyCoLaus (étude des troubles mentaux, facteurs de risque cardiovasculaire et de leurs associations dans la population de Lausanne, Suisse) a été suivi (moyenne de 5.5 années) après évaluation basale physique et psychologique, dans le but d’évaluer les associations entre sous-types du trouble dépressif majeur et changements des taux de glucose à jeun, cholestérol de haute densité (HDL-c), triglycérides, pression sanguine systolique, et l’incidence du syndrome métabolique. Les résultats ont été récemment publiés dans le journal Molecular Psychiatry (DOI: 10.1038/mp.2016.178). En plus de l’état physique et psychologique, les niveaux basaux de marqueurs inflammatoires, les concentrations d’adipokines, les comportements alimentaires et les changements de circonférence de la taille ont également été évalués comme potentiels médiateurs des associations entre sous-type de dépression et facteurs cardio-métaboliques.

Résultats

Au total 2813 participants d’origine caucasienne ont été intégrés à cette étude, révélant des proportions de dépression atypique, mélancolique et non spécifiée de 6.4, 13.1 et 24.3% respectivement. Par rapport aux participants non-dépressifs, les cas de dépression atypique révèlent un taux d’IL-1β inférieur, une concentration de leptine supérieure et une résistance à l’insuline élevée, tandis que les cas de dépression mélancolique se caractérisent par une consommation journalière supérieure de carbohydrates. Tous les participants dépressifs montrent une frénésie alimentaire plus fréquente.

Les individus dépressifs atypiques et mélancoliques présentent une plus forte augmentation de circonférence de la taille que les individus non-dépressifs. Les marqueurs de l’inflammation ou des adipokines n’influent que faiblement sur la force de ces associations (coefficient de corrélation β= 2.28 au lieu de 2.35 et 1.27 au lieu de 1.36 pour la dépression atypique et mélancolique, respectivement), malgré des associations directes de ces marqueurs avec la circonférence de la taille. Les comportements alimentaires n’influent pas sur l’association entre augmentation de circonférence de la taille et dépression atypique ou mélancolique, malgré l’association entre frénésie alimentaire et augmentation de circonférence de la taille. Parmi les symptômes de dépression, seule l’augmentation de l’appétit pendant les épisodes dépressifs, spécifique de la dépression atypique, apparaît comme prédicteur significatif de l’augmentation de circonférence de la taille pendant le suivi (β=2.30, IC95%=[1.31-3.30], p<0.001). L’ajustement des données à l’effet de ce symptôme spécifique conserve une association significative entre dépression atypique et augmentation de circonférence de la taille (β=1.41, IC95%=[0.07-2.75], p=0.039).

Les dépressions atypiques et mélancoliques sont fortement associées à une augmentation de la valeur de glucose à jeun. Ces associations sont peu modifiées par l’ajustement aux marqueurs de l’inflammation et adipokines, mais l’ajustement à la variation de circonférence de la taille rend l’association non-significative pour les cas de dépression mélancolique. De plus, la résistance à l’insuline apparaît associée à l’augmentation de glucose (β=40, IC95%=[18-61], p<0.001). Les comportements alimentaires n’ont pas d’effet sur les associations observées, et aucun symptôme spécifique ne ressort associé à l’augmentation du glucose.

Aucune association n’est révélée entre les sous-types dépressifs et les taux de HDL-c et triglycérides, et la pression sanguine. Cependant, des niveaux initiaux supérieurs d’IL-6 et d’adiponectine sont associés à une diminution du taux de triglycérides, et la concentration de leptine est associée à une diminution du HDL-c et une augmentation des triglycérides.

Parmi les participants sans syndrome métabolique initial, 16.5% ont développé un tel syndrome pendant le suivi. Le sous-type dépressif atypique est associé à l’incidence du syndrome métabolique (OR≈2.50 après les divers ajustements). De plus, des niveaux élevés d’IL-1β ou d’adiponectine semblent réduire l’incidence de ce syndrome. Les symptômes spécifiques ne sont pas associés à cette incidence.

Conclusions

Cette étude appliquant le sous-typage du trouble dépressif majeur pour investiguer les associations entre dépression et facteurs de risque cardio-métabolique met en évidence un rôle prédictif de la dépression atypique sur l’augmentation du taux de glucose à jeun et sur l’incidence du syndrome métabolique, sur une période moyenne de 5.5 ans. La plus forte augmentation du taux de glucose chez les individus dépressifs à caractère atypique n’apparaît cependant pas due à l’augmentation de circonférence de la taille, au comportement alimentaire, aux marqueurs inflammatoires ou aux adipokines, mais pourrait être partiellement attribuée à une résistance accrue à l’insuline. D’autres voies biologiques sont à considérer pour de futures investigations de causalité. Les patients en question semblent ainsi exposés à un risque élevé de maladies cardio-métaboliques. La prévention et le traitement de telles conséquences requièrent une attention clinique particulière chez les individus dépressifs atypiques.

Texte : jd / esanum
Photo : JPC-PROD / Shutterstock


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