Dépistage : le club libertin berlinois KitKat reconverti en centre de test

le KitKat, haut lieu de la vie libertaire et libertine berlinoise, a troqué paillettes et latex pour des masques FFP2 et des écouvillons. Ce club phare de la capitale allemande s'est improvisé centre de dépistage Covid-19. Une initiative qui inspire les autres clubs, vastes espaces inoccupés au coeur de la ville. Pointés du doigt au début de la pandémie pour leur responsabilité supposée dans la propagation du virus, les clubs berlinois ont l'occasion de redorer leur blason. Tester à grande échelle et à bas prix, pour rendre possibles les interactions sociales... Parce que "The show must go on."


Si vous avez visité Berlin, vous connaissez forcément «l’élégance discrète» de la porte de Brandebourg et la qualité nutritive des currywursts. Peut-être avez-vous aussi poireauté trois heures devant le Berghain, dans l’espoir insensé de rentrer dans ce club mythique, l’un des plus prisés au monde. Mais si vous connaissez vraiment Berlin, alors c’est le nom d’un autre club que vous lancez volontiers à la cantonade, un sourire en coin : le KitKat. A moins bien sûr que les oreilles qui trainent ne soient un peu trop chastes. 

Niché dans Berlin-Mitte, le KitKat bouscule les habitudes depuis sa création en 1994 par un producteur de films pornographiques et sa compagne. Haut lieu de la vie nocturne berlinoise, ce club est la quintessence de la capitale allemande : musique électro soigneusement choisie et libertés individuelles assumées. Ici, dans les quatre salles ou au bord de la piscine, des personnes en tous genres s’ébattent tranquillement. Homos, hétéros, jeunes ou moins jeunes, personnes handicapées… Point de restrictions - les pratiques sexuelles diverses et variées sont autorisées - mais une devise explicite : «Faites ce que vous voulez mais restez en communication». Seule condition pour pénétrer dans ce graal de la vie libertine berlinoise, il faut s’y présenter dans une tenue qui oscille entre glamour et fétichisme, entre strass, cuir et latex. 

Camille vit à Berlin depuis cinq ans. Le KitKat, elle y est déjà venue quelques fois : «Je ne suis pas une grande clubbeuse, mais le KitKat est différent. Je suis sensible à l’ambiance de ce lieu, aux tenues vestimentaires originales, soignées, souvent magnifiques. Les relations entre les personnes sont complètement libres, mais toujours bienveillantes. Bien sûr tu peux avoir des propositions de nature sexuelle, mais si tu n’en as pas envie tu déclines tout simplement. C’est très respectueux.» Mais ce n’est malheureusement ni pour les paillettes, ni pour le son, ni pour le reste que Camille patiente devant le KitKat en cette fin décembre.

 

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(crédits : Camille R)
 


«Venez nus et soyez sauvages !» 

Dans la longue file qui serpente devant le club, fermé depuis huit mois en raison de la pandémie, Camille ne voit ni strass ni latex. La tendance est plutôt aux doudounes, et si le masque est de rigueur il n’a rien de sexy. Pour entrer, elle devra montrer patte blanche ; c'est désormais un QR code qui est exigé, celui qui prouve son inscription pour un test antigénique. Depuis le 4 décembre le KitKat s’est reconverti en centre de dépistage Covid-19 ; dans la cour, les employés du club et des professionnels de santé effectuent à la chaîne des prélèvements nasopharyngés. 

«Venez nus et soyez sauvages !» - sous-entendu, comme d’habitude - ont annoncé les propriétaires du club sur Facebook pour lancer cette initiative. Avant de nuancer quelque peu : «S’il vous plaît ne le faites pas. Ce serait drôle mais ça entraînerait probablement des accusations de fête sauvage». C’est aussi via les réseaux sociaux qu’ils ont recruté le Dr Nikolai von Schroeders, médecin et économiste de la santé, qui supervise les tests. «J'ai beaucoup ri quand j'ai vu sur le net qu'il y avait à nouveau une file d'attente devant le KitKat pendant la journée et pas uniquement le samedi soir !» 

Pour Nikolai, les 300 à 500 tests effectués chaque jour sont complémentaires des tests PCR réservés aux personnes symptomatiques ou effectués à la demande d’un médecin. Il s’agit de tests qui détectent la protéine N, avec une sensibilité à 97.5%. «Si nous avons un résultat positif, nous communiquons ce résultat au service de santé et la personne concernée doit immédiatement s’y rendre pour bénéficier d’un test PCR» explique-t-il. 
 

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Dr Nikolai von Schroeders


Le médecin est conscient de l’efficacité toute relative de ces tests antigéniques, critiqués par l'association professionnelle des médecins biologistes allemands : «Même un test négatif ne signifie pas qu'il faut embrasser sa grand-mère.» précise Nikolai. Mais il remarque qu’à sa connaissance aucun résultat faux négatif n'a pour l’instant été enregistré au centre de test de KitKat. Quant au risque de faux positif, il note que «c'est évidemment ennuyeux pour la personne concernée, mais (...) il vaut mieux avoir fait le test une fois de trop.» Surtout, le médecin constate la forte demande de la population : «Les gens veulent savoir s'ils sont infectés, même s'ils ne répondent pas aux critères les autorisant à faire un test (...) Ils ont peur et en faisant un test ils se sentent beaucoup mieux.»


Simple, rapide, bon marché

Cloé est une jeune française installée à Berlin depuis trois ans. De retour de France,elle devait respecter une quarantaine de dix jours, avec la possibilité de l’écourter de cinq jours à condition de présenter aux autorités un test négatif. Si Cloé à choisi ce centre,  c’est surtout en raison du faible coût du test - 25 euros, alors que d’autres centres le facturent 50 voire 70 euros - et de la rapidité des résultats. Habituée des clubs berlinois, elle n’avait pas encore eu l’occasion de mettre les pieds au KitKat. Camille, bien que déjà atteinte de la Covid-19 en septembre, voulait quant à elle refaire un test avant de prendre la route pour rendre visite à ses grands-parents. Ses trois covoitureurs ont tous passé un test.

Cette campagne de dépistage du club a été bien accueillie dans les milieux médicaux. «Au début, les médecins étaient peut-être un peu sceptiques sur cette initiative du KitKat. Mais maintenant, c'est clair, c'est un centre de test tout à fait normal. Et les tests ont lieu à l'extérieur, dans la cour, et non dans le club.» explique le Dr Nikolai von Schroeders. Quant au fonctionnement, il est bien rodé : les personnes s’inscrivent en ligne, obtiennent un code QR qu’elles présentent à l’entrée, et reçoivent le résultat par sms 15 minutes plus tard. Une attestation papier est délivrée sur place si besoin, pour pouvoir prendre l'avion par exemple.


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Robert est un employé du KitKat. Il participe à l'organisation des tests. Cette «reconversion» lui permet de se sentir mieux protégé : «Grâce aux mesures d'hygiène que nous appliquons, je me sens plus en sécurité. Nous avons des masques FFP2, des gants et nous nous désinfectons très régulièrement. J'ai aussi la chance d'être testé tous les matins afin que nous ne nous transformions pas nous-mêmes en “superspreaders”


«Nous sommes toujours là»

Nikolai von Schroeders est impatient de savoir si la généralisation de ces tests pourra permettre une ouverture plus rapide des clubs. «A titre personnel, je me sentirais plus à l'aise d'aller à une fête si tout le monde est testé au préalable. Les compagnies aériennes le font déjà, au moins à titre d'essai (...)  Pourquoi cela ne marcherait-il pas aussi dans les clubs ?»

Les candidats au test sont aussi variés que la clientèle des soirées libertines. «La campagne a été bien accueillie, non seulement par les habitués de KitKat, mais aussi par les familles et les entreprises. Il y a vraiment des gens de tous les horizons.» observe Robert, enthousiaste. «C'est pour nous l’occasion de montrer à la population que nous sommes toujours là». Non seulement le KitKat vibre encore, mais à sa manière le club veut aider la population berlinoise à surmonter la pandémie. Pour Robert, il s'agit aussi de «donner aux gens une perspective.» Dont acte : en attendant leur tour Camille et son copain se sont promis de revenir au KitKat dans d'autres conditions.

Sur les réseaux sociaux le KitKat a été largement félicité pour cette preuve de «responsabilité sociale.» L’initiative pourrait faire tâche d’encre : les 300 membres de l'association des clubs berlinois sont très intéressés. Lutz Leichsenring, porte-parole de la commission des clubs au Sénat de Berlin n’a pas manqué de vanter cette action dont «Le but n'est pas de gagner de l'argent, mais de permettre aux gens de se déplacer à nouveau plus librement.» Environ 400 personnes disposant d’une formation médicale sont prêtes à épauler les clubs.

Mettre au service de la population des lieux vastes et désertés, répartis dans la ville, ainsi que leurs personnels… . Une belle occasion pour les clubs berlinois de redorer leur blason. Au début de la pandémie, ces clubs ont été considérés comme l’un des principaux moteurs de la propagation du virus à Berlin.

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