Débat : que faut-il penser des « salles de shoot » ?

La Loi Santé a été définitivement adoptée en décembre. En avril 2015, les articles 8 et 9 du projet santé de Marisol Touraine avaient été votés à l’Assemblée Nationale. Ils prévoyaient la mise en place des salles de consommations à moindre risques (SCMR), plus connues par le public sous le nom de « salle de shoot ». La SCMR de Paris devrait ouvr

La Loi Santé a été définitivement adoptée en décembre. En avril 2015, les articles 8 et 9 du projet santé de Marisol Touraine avaient été votés à l’Assemblée Nationale. Ils prévoyaient la mise en place des salles de consommations à moindre risques (SCMR), plus connues par le public sous le nom de « salle de shoot ». La SCMR de Paris devrait ouvrir avant l’été dans le 10è arrondissement, juste à côté de la gare du Nord, à l’hôpital Lariboisière.

Les SCMR sont définis par le Ministère de la Santé comme des « des espaces supervisés par des professionnels permettant d’assurer un cadre d’usage sécurisé aux usagers de drogues injectables dans des conditions d’hygiène évitant les risques infectieux ». Dix autres pays ont déjà expérimenté ces salles : la Suisse, l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, le Luxembourg, le Danemark, l’Australie et le Canada. En France, leur légitimité fait polémique.

Pour y voir plus clair, voici les principaux arguments pour et contre du projet.

Oui, il faut ouvrir des salles de shoot !

Il n’est pas question de légaliser la consommation de drogues « dures » (héroïnes et opiacés, crack et dérivés) mais de sécuriser leur usage. Ces lieux ne concernent pas des individus voulant expérimenter de nouvelles drogues mais des toxicomanes, souvent déjà très précarisés. On leur fournirait un matériel stérile comme des seringues neuves. On éviterait ainsi des infections tels que le SIDA et les hépatites (la prévalence du VIH est de 10% chez les toxicomanes, et celle du VHC de 44%). D’après l’INSERM, entre 200 000 et 250 000 individus consomment régulièrement des drogues injectables. C’est autant de personnes que l’on protégerait grâce à une consommation « hygiénique ». On peut éviter aussi les overdoses, qui tuent 400 personnes chaque année.

De plus, un personnel soignant formé, provenant notamment des CAARUD (Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues) peut conseiller les usagers de drogues. Ce contact « soignant – malade »permet de créer un dialogue, qui peut aboutir à la mise en place d’une démarche de désintoxication, de réinsertion au circuit de soins, et de réinsertion sociale tout court.

Les SCMR servent aussi à protéger autrui. Les usagers à problème ont l’habitude de consommer de l’héroïne et du crack dans certains quartiers, au grand gré des résidents. Ceci crée un risque sécuritaire, mais aussi sanitaire par la présence de seringues usagées sur la voie publique. Les SCMR, si elles sont intelligemment placées, pourraient donc vider ces lieux des usagers de drogues.

Enfin les SCRM sont protégées juridiquement. Nulle inquiétude d’y être arrêté pour consommation de stupéfiants. C’est donc dans un environnement sécurisant que les consommateurs iront. C’est aussi un lieu où l’on ne fournit pas de drogues, c’est à l’usager de ramener le produit !

Non, les salles de shoot sont une mauvaise idée !

Ce système de « consommation à moindre risque » existe déjà : ce sont les CAARUD, évoqués plus haut. Il serait donc inutile d’ouvrir spécialement des « salles de shoot » pour les « anti ». Les « pro » répondent que ces structures son insuffisantes et ne répondent pas suffisamment au besoin.

Le principal argument contre les SCMR est qu’elles encourageraient la prise de drogues, d’une certaine façon. Ce serait un moyen de cautionner, de légitimer, voir d’inciter institutionnellement l’usage de produits très dangereux, et ainsi d’entretenir l’addiction et de faciliter les usages de drogues dures.

Il pourrait également créer de l’insécurité et du « deal » dans les quartiers où les SCMR seraient installées. Quel riverain voudrait voir une « salle de shoot » dans sa rue ? Aussi son coût est décrié : 800 000 euros par an (notons toutefois que 388 millions sont dépensés annuellement en prévention et lutte contre les addictions).

Enfin l’efficacité des SCMR ne fait pas unanimité. Est-ce que ce serait vraiment utile ? Est-ce que les toxicomanes visés viendront ? Aussi on est face à une certaine hypocrisie : pourquoi autoriser librement un individu à consommer de l’héroïne dans une SCMR, alors que s’il consommait chez lu, il pourrait être très lourdement réprimé ? Le message adressé par l’Etat n’est alors pas très clair.

Conclusion

On voit bien que chaque camp, « pro-» et « anti-», arrive avec son lot d’arguments, et qu’il n’existe pas de consensus clair sur ce sujet. Le test des SCMR pendant six ans, dans des villes comme Paris, Bordeaux ou Strasbourg permettra très probablement de prendre du recul à moyen terme. Enfin, tout ceci pose une question plus globale : quelle attitude avoir face à la consommation de drogue ? Les toxicomanes doivent-ils être considérés comme des malades ou des criminels ? Faut-il mettre le paquet sur la répression, ou au contraire sur le traitement et la prévention ? La meilleure lutte contre la drogue, est-ce la prohibition ?

Et vous, que pensez-vous des salles de shoot ?

Texte : esanum / sb
Photo : Lisa F. Young / Shutterstock

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