Production de cytokines et risque de symptômes dépressifs/anxieux

Alors que les troubles dépressifs et anxieux affectent considérablement la qualité de vie et ont un fort taux de récurrence et de chronicité, une étude du journal Translational Psychiatry (DOI: 10.1038/tp.2016.92) s’est intéressée à l’association entre capacité de production de cytokines et le risque de symptômes dépressifs/anxieux. Les chercheu

Alors que les troubles dépressifs et anxieux affectent considérablement la qualité de vie et ont un fort taux de récurrence et de chronicité, une étude du journal Translational Psychiatry (DOI: 10.1038/tp.2016.92) s’est intéressée à l’association entre capacité de production de cytokines et le risque de symptômes dépressifs/anxieux.

Les chercheurs se sont non seulement intéressés aux risques (1), mais aussi à la sévérité des symptômes (2), à un sous-type particulier de pathologie (3) et à  la comparaison de l’association liée au niveau basal ou à la capacité de production des cytokines, et le risque de D/A (4). À partir de la cohorte NESDA (Netherlands Study of Depression and Anxiety), les données et échantillons sanguins de 1242 individus ont été analysés: 591 “en cours”, 354 “remis” et 297 contrôles sains. Des marqueurs mesurés directement ou après stimulation immunologique ont permis d’établir un index basal et un index stimulé du niveau d’inflammation.

Les deux index d’inflammation ne sont pas associés à une D/A remise, mais augmentent significativement le risque d’une D/A en cours (odds ratio OR=1.28 p<0.01 pour chaque index, OR[basal]=1.30 et OR[stimulé]=1.24 sans les individus atteints de maladies chroniques). De plus, les risques associés aux deux index sont similaires entre les troubles purement dépressifs, purement anxieux ou co-morbides (ORs entre 1.18 et 1.38). Après ajustement des données selon le style de vie (tabac, alcool) ou l’état de santé (IMC, maladies chroniques), les risques associés aux deux index d’inflammation ne sont plus significatifs.

Les index d’inflammation sont tous deux associés à la sévérité des symptômes D/A, avec une force semblable dans le cas de la sévérité de dépression (β=0.122 et 0.103). Par contre, l’index stimulé semble être plus fortement associé à la sévérité d’anxiété que l’index basal (β=0.145 vs. 0.091). Le retrait des malades chroniques diminue la force des associations qui restent significatives. Les ajustements de données au style de vie et à la santé font perdre l’association de l’index basal avec la sévérité d’anxiété, mais pas celle de l’index stimulé. Pour la sévérité de dépression, l’ajustement au style de vie conserve les associations des deux index, contrairement à l’ajustement à la santé.

Les deux index inflammatoires sont associés aux symptômes somatiques et cognitifs de la D/A et à la dépression atypique comme mélancolique. L’ajustement au style de vie conserve les associations de l’index basal avec les D/A somatiques et la dépression atypique, ainsi que celles de l’index stimulé avec les D/A somatiques et cognitifs. L’ajustement à la santé ne conserve que les associations de l’index stimulé avec les symptômes somatiques et cognitifs d’anxiété.

L’intérêt de cette étude réside dans la taille de la population testée, présentant une grande diversité de symptômes et de sévérité de troubles D/A. Ceci a permis de mettre en avant l’importance de la capacité de production de cytokines, qu’elles soient pro- ou anti-inflammatoires, dans la sévérité des symptômes de D/A. Si le rôle du style de vie et l’état global de santé apparaît très important vis-à-vis des associations observées, certaines en sont indépendantes et pourraient traduire une vulnérabilité génétique.

Texte : esanum / jd
Photo : Designua / Shutterstock


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