Covid-19 : au restaurant, l'addition peut être lourde

L'art subtil de choisir sa table... C’est le système de climatisation d'un restaurant qui aurait propagé le SRAS-CoV-2 à neuf personnes assises à proximité d'une personne infectée. L'addition est lourde. Des leçons à tirer à l’approche de la réouverture des restaurants ?

L'art subtil de choisir sa table... C’est le système de climatisation d'un restaurant qui aurait propagé le SRAS-CoV-2 à neuf personnes assises à proximité d'une personne infectée. L'addition est lourde. Des leçons à tirer à l’approche de la réouverture des restaurants ?

Cette étude publiée début avril est d'actualité compte tenu de la fin récente du confinement et de la réouverture des restaurants déjà amorcée en Allemagne (dans certains Länder comme le Mecklenbourg) et prévue les premiers jours de juin pour la France et l’Italie.  

Les chercheurs ont reconstitué les contacts et les déplacements de 10 cas de COVID-19 déclarés entre le 24 janvier 2020 et le 10 février 2020 au sein de 3 familles. Ils ont découvert que les 3 familles avaient mangé dans le même restaurant climatisé le 24 janvier à Guangzhou, en Chine.

Les 73 autres clients ont été identifiés comme des contacts étroits et placés en quarantaine pendant 14 jours. Pendant cette période, ils n'ont pas développé de symptômes et les tests de prélèvement ont été négatifs.

La seule source d'exposition connue pour les personnes infectées dans les familles B et C était le patient A1. Les auteurs ont déterminé que le virus avait été transmis à au moins 1 membre de la famille B et au moins 1 membre de la famille C au restaurant et que d'autres infections dans les familles B et C étaient dues à une transmission au sein de la famille.

Il s’agit d’un restaurant sur 5 étages, chacun doté de son propre système d’air conditionné. L’étage en question fait 145 m2. Les auteurs ont établi un schéma avec la disposition des sièges et le débit d'air du système de climatisation du restaurant.

 

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Crédits : Emerging infectious diseases


Les chercheurs ont conclu que l'infection s'était propagée par les micro-gouttelettes respiratoires (> 5 μm). Elles ont normalement une portée limitée (< 1m). Or, selon la disposition des sièges, le patient A1 était à plus d'un mètre des patients B1 et C1. C'est le flux de la climatisation qui semble avoir facilité le transport des micro-gouttelettes, de la table de la famille A à celle de la B, puis à celle de la C.

Le fait que seuls les contacts assis aux tables placées dans l’axe du flux d’air conditionné ont été infectés suggère que la transmission s’est faite fait par ce seul moyen. Cette étude est utile pour souligner la nécessité, dans les pièces fermées accueillant du public, d’espacer les tables au-delà d’un mètre et de contrôler le flux d'air des systèmes de climatisation.

L’une des limites de cette étude est que les auteurs n'ont pas effectué de tests aérodynamiques pour étayer leur hypothèse. De plus, les auteurs n'ont pas étudié de manière approfondie les autres hypothèses de contagion.


Source :
Lu J, Gu J, Li K, et al. COVID-19 Outbreak Associated with Air Conditioning in Restaurant, Guangzhou, China, 2020
[publié en ligne avant impression, 2 avril 2020]. Emerg Infect Dis. 2020;26(7):10.3201/eid2607.200764. doi:10.3201/eid2607.200764