Innocuité et efficacité de la chirurgie robotisée du cancer rectal

Dans la mesure du possible, les chirurgies tendent à être de moins en moins invasives. Le développement de la laparoscopie dans les années 1980 a rendu possible cette invasivité réduite des chirurgies du tractus gastro-intestinal et uro-génital. Les innovations actuelles concernent le développement de la chirurgie robotisée. Si elle permet un ga

Dans la mesure du possible, les chirurgies tendent à être de moins en moins invasives. Le développement de la laparoscopie dans les années 1980 a rendu possible cette invasivité réduite des chirurgies du tractus gastro-intestinal et uro-génital. Les innovations actuelles concernent le développement de la chirurgie robotisée.

Si elle permet un gain de précision (capacités ambidextres et absence de tremblements), la robotisation semble particulièrement adaptée dans le cas de la chirurgie du cancer rectal, pour laquelle l’anatomie pelvienne apporte son lot de complications. Si l’approche robotisée et la laparoscopie ont été comparées, peu d’éléments comparatifs à la chirurgie ouverte sont disponibles. Une étude à paraître dans la revue Nature Scientific Reports (DOI: 10.1038/srep26981) présente les résultats d’une méta-analyse comparative de bénéfices de ces deux techniques chirurgicales en termes de données intra-opératoires, de complications post-opératoires et de résultats à long terme.

Une revue de la littérature menée en juillet 2014 a mis en évidence 7 études d’intérêt comparant quantitativement la chirurgie robotisée (robotic rectal cancer surgery, RRCS) et la chirurgie ouverte (open rectal cancer surgery, ORCS). Les données de 1074 patients parmi lesquels 498 RRCS et 576 ORCS ont pu ainsi être analysées. Malgré une hétérogénéité souvent marquée entre les données des différentes études analysées, les tests statistiques n’ont relevé aucun biais lié aux différentes publications.

Les données intra-opératoires disponibles montrent des points positifs à la RRCS, comme une perte sanguine estimée plus faible (-140 mL, p<0.00001) et un besoin transfusionnel réduit (odd-ratio OR=0.52, p=0.05). Cependant, la durée de l’intervention RRCS est augmentée d’environ 56 minutes (p<0.00001).

En ce qui concerne les complications post-chirurgicales, aucune différence significative n’est relevée entre les deux méthodes en ce qui concerne la mortalité, la fistule anastomotique, l’infection de plaie, l’abcès pelvien, l’occlusion intestinale, la rétention urinaire, les saignements et la douleur. On note toutefois un temps d’hospitalisation, un délai à la première flatulence et une reprise de régime alimentaire normal inférieurs en cas de chirurgie RRCS (différences significatives de 2.1, 0.97 et 1,7 jours, respectivement).

Enfin, sur le long-terme, la survie sans retour de pathologie et la survie globale semblent améliorées suite à la RRCS (facteur de risque de 0.87 dans le premier cas), mais le faible nombre d’études s’y étant intéressées (2 et 1, respectivement) ne permet pas de validation statistique.

En conclusion, cette première méta-analyse comparant RRCS et ORCS met en avant plusieurs avantages liés à la chirurgie robotisée qui ne présente pas plus de complication post-chirurgicale que la méthode ouverte. L’unique désavantage serait un temps de chirurgie augmenté d’une heure, alors que la faible perte sanguine est une avancée non négligeable, car le volume de sang transfusé en chirurgie est un facteur de risque de résurgence de cancer. Par ailleurs, ce temps supplémentaire semble être principalement dû à la logistique liée à la robotisation et il est probable que ce temps soit réduit avec l’expérience. Si cette analyse suggère que la RRCS est une méthode fiable et efficace, d’autres études contrôlées et randomisées sont nécessaires pour évaluer les bénéfices cliniques et financiers d’une telle méthode de chirurgie du cancer rectal.

Texte : jd / esanum

Photo : Master Video / Shutterstock.com


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