Médecin Maître-Toile

Dépoussiérer la médecine du travail. Marie-Thérèse Giorgio a relevé le défi et retroussé ses manches. Elle anime depuis plus de 10 ans le site atousante.com. Une belle manière de sortir cette spécialité du placard pour la hisser sur la toile.

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Marie-Thérèse Giorgio
Directeur médical, médecin du travail
Webmaster

Franchement, la médecine du travail fleure bon la naphtaline. 
C’est en tout cas ce que doivent penser les étudiants qui la relèguent - avec une étonnante constance - en queue de peloton de leurs aspirations professionnelles.
Pour le Dr Giorgio, il ne tient qu’aux médecins du travail de dépoussiérer leur spécialité. De montrer que la santé au travail est bien plus qu’une visite médicale de 3 min chrono assortie d’un coup de tampon. 
Elle le fait, avec brio, en animant depuis plus de 10 ans le site atousante.com.
Entretien avec une médecin 2.0 qui passe ses soirées et dimanches pluvieux à détricoter des législations et répondre aux internautes. Bref, à sortir la santé au travail du placard pour la hisser sur la toile.

Donc, un jour, vous vous êtes dit : « Tiens, je vais créer un site internet » ?

C’est ça. En 2006. Je travaillais dans un gros service interentreprises de Lyon, avec plus de 100 autres médecins du travail. Et je me suis rendue compte que je répétais souvent la même chose, aux salariés, aux employeurs, même à des confrères et consœurs. Donc j’ai voulu faire un site, histoire de centraliser les infos et les rendre accessibles.   

Je me suis d’emblée adressé à une SSII (NDLR : société de services en ingénierie informatique) parce que je voulais un beau site. C’était surtout une belle erreur. J’ai payé très cher une magnifique machine à gaz que j’avais du mal à faire fonctionner. Passer mon temps libre à rebooter un serveur… Heureusement, à cette époque je me suis rapprochée des Médecins-Maîtres-Toile (MMT), un réseau d’une centaine de médecins webmasters. Des passionnés, toujours prêts à aider. Ils m’ont coachée. Je suis maintenant la présidente de cette association. 

5 ans plus tard, toujours grâce aux bons conseils des Médecins-maitres-toile, je suis allée voir un free-lance et je lui ai dit : « Je veux juste écrire, il me faut un site simple et sans maintenance ». On a tout basculé sur WordPress. Ça a été un peu laborieux, 500 articles à transférer manuellement. Mais ça valait le coup. De plus, j’ai maintenant un hébergeur suisse, ça tourne comme une horloge.

Dans la foulée - comme je suis médecin agréée pour délivrer l’aptitude au permis de conduire - j’ai créé un site* dédié pour rassembler toutes les infos sur ce thème. Je réponds aux personnes qui ont été privées de permis, et sont perdues entre les aspects juridiques et médicaux pour pouvoir le récupérer.  

Mais vous faites tout ça toute seule ?

Oui, pratiquement. Je suis la seule rédactrice, et je tiens à garder la main. Mais ces sites sont en fait très collaboratifs. Je suis entourée d’experts qui les visitent régulièrement, proposent des corrections, etc. J’ai tout un réseau de médecins du travail, par exemple dans la fonction publique, qui peuvent me renseigner sur-le-champ si besoin. Je n’hésite pas à solliciter Légifrance, pour avoir des précisions sur des textes juridiques. Autant le système français produit des tonnes de textes, autant ce service est très efficace.

On échange aussi beaucoup avec des médecins du travail étrangers. Et bien sûr avec les collègues de MMT. Tous les médecins webmasters sont des couche-tard : la nuit nous sommes tranquille et nous avons du temps devant nous. Donc je sais que le soir ils sont disponibles.  

Vous y gagnez quoi ?

Financièrement, quasiment rien. Sûrement pas de quoi embaucher quelqu’un pour m’aider en tout cas ! Le peu de revenus provient de la publicité placée par Google. Exceptionnellement, je publie un article scientifique sponsorisé. C’est tout. J’ai proposé un service de consultation online, pour permettre à un employeur ou employé de poser une question particulièrement complexe. Je reçois une demande par an, au mieux. Cela ne correspond pas à l’esprit d’internet ou les personnes viennent chercher des infos gratuites. Parfois je me fais même engueuler par une personne qui n’a pas trouvé ce qu’elle cherche... Bref, de ce côté-là il ne faut rien en attendre.

Par contre, ça me procure une satisfaction professionnelle. J’ai parfois des petits mots très sympas, du style « Votre site est une bouée de sauvetage ». Le site a aussi boosté ma carrière. En 2014, j’ai commencé à avoir des propositions pour venir travailler en Suisse. C’est clairement atousante.com qui m’a fait connaître. Je m’y suis installée en 2015 et j’ai créé atousante.ch dans la foulée : un énorme effort qui m’a permis de me familiariser rapidement avec la santé au travail version helvète.

En fait, je crois que j’aime ça, synthétiser des législations obscures, trouver et recouper des informations, les rendre accessibles. Je lis volontiers les blogs d’autres médecins, ceux du Club des médecins blogueurs ou encore de Jaddo. Autant de bons moyens pour vulgariser certaines thématiques, parfois aussi pour partager ses états d’âme. Mais pour ma part je reste toujours très factuelle dans mes publications.    

Vous y perdez aussi, parfois…

L’an dernier, j’ai fini au tribunal à Paris après 3 ans de procédures. J’y ai laissé des plumes. Tout ça parce qu’un collectif s’était plaint de harcèlement sur le forum. Le nom de l’employeur était cité 12 fois. Quand j’ai modéré le post, j’ai enlevé 11 occurrences, j’en ai oublié une. Sur un site on engage sa responsabilité. On doit apprendre à peser chaque mot. D’autant que certains pensent qu’il s’agit de sites officiels. Heureusement, j’ai travaillé longtemps avec un médecin très calé en droit. Il m’a beaucoup appris.

La santé au travail en Suisse, c’est différent ?

Très. Les entreprises ont très peu d’obligations. Les visites médicales obligatoires sont rares, c’est juste pour le travail de nuit régulier, ou les salariés exposés à des solvants, etc. Donc une entreprise qui investit dans la santé au travail, c’est qu’elle est persuadée que la prévention va in fine lui rapporter. La relation avec l’entreprise est moins contrainte par la législation, plus authentique et stimulante. Ce sont les entreprises qui choisissent leur service de santé au travail : là aussi, les sites que j’ai créés donnent au service que je dirige une certaine crédibilité.  

Le mot de la fin ?

La santé au travail, c’est 6h de cours pendant le tronc commun des études de médecine. Mais ensuite les médecins passeront des milliers d’heures à traiter des troubles psycho-sociaux, des TMS, des lombalgies. C’est une spécialité complexe, parfois obscure. Mais ce qui la rend très variée et passionnante, c'est qu'elle requiert des connaissances dans toutes les spécialités médicales et dans le domaine juridique. C’est à nous, médecins du travail, de montrer à quel point elle est essentielle et elle a de l’avenir.    

*Visites médicales du permis de conduire

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